Après avoir poussé son cri, elle regarda mieux sa tombe qui l’avait provoqué. Cette tombe remuait, se voussait comme une croupe, se subdivisait en mille fragments : un grand nombre de doigts, un grand nombre de cheveux, une montre, un couteau et un béret.

Elle savait pourtant bien qu’elle n’avait pas fait poser à plat sur la dalle une statue symbolique de Pascal.

Celui-ci se tenait sur le ventre et, pour passer son dimanche, s’occupait à nettoyer de la pointe de son couteau l’inscription funèbre. Il ne redoutait plus rien, depuis qu’il avait découvert ce refuge. Maïténa ne pouvait pas, au même instant, honorer son mort et déshonorer son meurtrier dans sa propre demeure. Il jouissait d’une grande sérénité.

Pourtant, il fut bien obligé de reconnaître que son ennemie s’avançait vers lui. Il la voyait de bas en haut. Il se redressa pour la voir mieux. Il remarqua alors qu’elle le contemplait comme on doit contempler un personnage de rêve. Il devint un rêve ; et il alla à reculons s’adosser au cyprès qui se trouvait derrière lui, pour prendre quelque consistance.

— Pascal sur Virgile ! cria la jeune femme.

Ils restèrent l’un en face de l’autre un long moment, pendant lequel les morts du village se battirent bruyamment la poitrine à grands coups de cœurs. Elle eut, enfin, la force de hurler plus haut que cette clameur sous-jacente :

— Qu’est-ce que tu fais là ?

Il ne répondit pas. Mais cette interrogation les noua l’un à l’autre comme un lacet. Lui, il était accroché à son arbre. Elle, elle était dans l’espace. Elle sentit bientôt l’interrogation se resserrer. Elle ne put pas lui résister. Elle marcha. Elle toucha l’homme debout de son front et de ses seins. Il ne bougeait pas. Elle se débattit. Elle fit dans l’air des gestes qui se métamorphosèrent durement en gifles sur les joues de Pascal. Il oscilla sur sa base comme un drapeau rouge quand la voie est ouverte. Ils étaient libérés de leurs rêves.

La main de Maïténa tremblait. Le corps de Pascal tremblait. Et, emportées par le même mouvement, les idées de Maïténa tremblaient aussi. Par-dessus, sa petite tête se relevait naturellement avec orgueil, mais ça n’avait aucune signification. Elle ne savait lequel des deux devait craindre l’autre. Et, tout à coup, ce fut elle qui s’enfuit.

Il y eut plusieurs jours vides.