Tout le Béarn était en mai. Quand Maïténa ouvrait sa porte, le matin, le vert l’éblouissait. Toutes les nuances du vert prenaient possession du paysage, à l’exception de quelques carrés de terres labourées, rouges comme du pain chaud. Tout le Béarn était vert, et la jeune femme en venait à regretter que le ciel ne le fût pas lui aussi. Elle se reprochait son enthousiasme pour le bleu du Pays Basque.

Elle restait ainsi à regarder sans penser jusqu’à ce que quelque appel vînt la tirer de son extase.

La colline qui se trouvait devant la ferme se détachait des autres et s’avançait vers elle. Des plans se formaient. Des maisons sortant de l’ombre marquaient les vallées d’une tache blanche. Un chemin insoupçonné se déroulait entre deux mers vertes. Tous les jours, un trésor nouveau se révélait à Maïténa. Elle respirait largement et riait malgré soi.

Les parfums vierges de la nuit se pressaient vers elle et la sollicitaient. C’étaient surtout ceux des foins en fleurs, capiteux et divers. Des arbres fruitiers, çà et là, laissaient s’égoutter leurs ombelles multicolores. Le premier ouvrier passait sur la route.

— La lune est trop tendre pour qu’on entre dans les champs. La vigne est chaussée. Alors, avant le second sulfatage, je n’ai qu’à aller couper la litière.

Il ne s’arrêtait pas. Il élevait la voix à mesure qu’il s’éloignait. Il parlait aussi bien pour les plantes que pour la jeune femme. Et il continuait sur son chemin à interpréter les idées muettes de la végétation.

Mais Maïténa tendait l’oreille. Un roulement sourd brisé de bruits de ferraille lui venait du point où la route commençait à se tordre pour contourner le village.

Une caravane de bouviers allait, les arches de ses chars vides brinqueballant sur les essieux, chercher du gravier au gave. Une quinzaine de bouviers à la file. Ils s’entendaient pour faire ensemble leurs prestations et se « faire corde » au sortir de la rivière.

Le premier attelage de bœufs rouges s’avançait d’une allure allongée et houleuse, la peau de mouton posée sur le joug, les longs draps marqués de bleu noués sous le cou. Maï en arrêta le meneur qui marchait l’aiguillon dans le dos négligemment retenu à la saignée des coudes.

— Hoou !