Le char s’arrêta à la voix, et derrière lui les chars qui le suivaient l’imitèrent automatiquement.

Aussi automatiquement, l’un après l’autre, d’un pas mou, les bouviers vinrent à la barrière. Ils ne demandaient qu’à causer avec la jeune femme. Le but secret de leur voyage était de s’arrêter devant les maisons qui contenaient des vins réputés.

— Alors, Maïténa, vous vous préparez à faire le café pour Monsieur Curé ! Nous l’avons rencontré derrière une croix avec une dizaine de femmes. Les Rogations !

— C’est la Gervasie qui fait le café ! Elle a été jalouse l’année dernière et elle a réclamé au presbytère. Alors, si vous voulez venir me le faire oublier en buvant un verre de picpoult ?

— Ce sera le premier de la journée !

— Hé, goujat ! appela la maîtresse. Tu vas joindre les bœufs tout de suite ; tu les attelleras au char qui est prêt ; et tu suivras ces messieurs pour nos prestations.

Et puis, elle les conduisit devant la barrique.

— Je vous accompagnerai aussi, leur dit-elle.

Leur verre plein d’un vin doré qui sentait le soufre, ils oublièrent leur ennui. Ils se seraient bien passés de Maïténa. Une femme, quelle gêne, dans une partie de campagne !

Cependant, les vieux, les gens sérieux de la bande, ceux qui se saoulaient et qui étaient là en grande majorité, devaient se féliciter de la présence de la basquaise plus tard, quand on fut au point du gave d’où l’on pouvait tirer les pierres. Elle soutint l’un, empêcha qu’on se moquât d’un autre, distribua en masse des cerises blanches hâtives, dont les jeunes gens faisaient hommage à son tablier, à ses cheveux et à ses sandales.