Il ne baissait pas les yeux. Il se contentait de broyer des deux mains l’eau qui se laissait faire.
La femme dont il devait avoir tué le mari était chez les basques. Le feu avait détruit chez lui le souvenir du meurtre.
Il restait stationnaire comme l’agriculteur qui appuie son menton sur sa bêche après avoir bien travaillé. Et, — comme si sa dignité d’être un homme nu avait été insuffisante pour le protéger contre la jeune femme, — l’eau l’isolait. Elle soutenait son âme à la manière d’une bouée.
Aussi, fut-il capable de s’étonner. Mais ses facultés diminuées, trois mois durant, par la peur, n’avaient pas encore repris leur plein exercice. Et il ne put raisonner et s’étonner que maladroitement.
Il ne comprenait absolument pas, par exemple, comment Maïténa faisait abstraction de sa qualité de femme en face d’un homme nu. Il ne lui venait pas à l’esprit qu’elle profitât de cette occasion pour contempler son ennemi dans sa forme la moins mensongère.
— Serais-tu amoureuse de moi ?
Ces mots étaient accompagnés d’une sorte de ricanement qui le confondit.
Maïténa, la plus intelligente des deux à ce moment-là et voyant l’âme de Pascal sans voile, fut la seule à se rendre compte que ce cri était la répétition automatique d’une question moqueuse posée autrefois par elle-même au jeune homme.
Cependant, devant l’impassibilité de son interlocutrice, il prenait enfin notion de son immense naïveté en ce qui concernait les choses de l’amour.
Ce n’était pas une femme, mais une petite fille. Comment avait-il pu la craindre ? Et, du même coup, sa pudeur s’éveilla, car il ne pouvait souffrir qu’on choquât une vierge.