Et l’instrument tragique qui aurait pu figurer comme pièce à conviction entre un aréopage noir et rouge et un assassin, elle le glissa amoureusement, religieusement, entre deux draps, dans la grande armoire à linge qui se trouvait au pied de son lit.
Ourtic possédait une ouïe délicate. Sans avoir quitté la cuisine, il connaissait la cachette de la hache. Et il vint la reprendre, le soir même, après souper, pendant une courte absence de sa ménagère.
— Il vaut mieux que ce soit à cette heure-ci. C’est la Saint Jean. Ils sont tous allés regarder les feux.
Et il partit allègrement en prenant les chemins de traverse.
Il ne trouva personne à la ferme des Riaulets. Seul un âne attaché à un pieu broutait tout autour de lui l’herbe chaude. Ourtic fut heureux de constater la malpropreté des environs de la maison.
Il fermait un contrevent, brisait une branche de cerisier, caressait l’âne. Il éprouvait la sensation d’être le maître des biens de son ennemi, de lui succéder et d’améliorer ses biens.
Et, les pieds convenablement collés au sol, il laissait ses regards aller au loin.
Les feux de joie marquaient partout les sommets des collines. On en avait fait un immense dans le bourg, sur la place de l’église, le brasier que le curé allait bénir et qu’allumaient, d’habitude, les hommes les plus vieux du village.
— Il est de tradition que ceux qui font prendre le feu de la Saint Jean meurent dans l’année, dit encore Ourtic comme une remarque qu’il ne faut pas oublier.
Mais il devenait plus sérieux. Ses yeux faisaient abstraction des taches vives des feux. Elles rentraient dans la grande masse de la nuit.