Il déposa la hache bien en évidence devant la porte.
XV
Peut-être que demain nous ne reboirons pas.
Ronsard (Second livre des amours)
Depuis dix ans, la chasteté de Maïténa qui l’éloignait de la vie commune, l’isolement que cause le travail, le fait de ne pas être née dans le pays, l’avaient souvent empêchée de comprendre les actes et les goûts des béarnais. Et elle avait eu besoin d’un interprète pour les lui expliquer, Ourtic.
Mais, aujourd’hui, tandis que son corps ne lui appartenait plus, elle se trouvait beaucoup plus maîtresse qu’autrefois dans son âme. Elle se suffisait. Le Béarn s’expliquait par elle. Elle en était le noyau. Elle possédait et dirigeait le monde entier, excepté son propre corps qui était un empereur en captivité.
Aussi, lorsque Pascal entra dans sa cuisine, après le déjeuner de huit heures, ne fut-elle pas surprise. Elle pressentait sa venue.
— Où est Ourtic ? cria le jeune homme. Il est venu chez moi hier soir ! Je suis sûr qu’il y a fait du mal !
Puis il se tut ; et il regarda à droite et à gauche, sans saluer.
— Et alors, tu rapportes la hache ?
Il ne s’attendait pas à cette réclamation. Il fut frappé de stupeur.