Cette fuite de la maison d’Ourtic, l’hégire de Pascal, marquait le début de ses malheurs. Il ignorait leur cause, puisqu’il ne savait pas que le vieillard avait apporté, un soir, sa bonne parole à Maïténa. Aussi, attribuait-il à cette maison-ci quelque pouvoir surnaturel. Il ne la détestait pas pour ça. Mais, lorsqu’il y était entré, il s’était senti tout ému.

« Dire que je suis si franchement bon et que mes actes voudraient prouver le contraire ! »

Il était même amoureux de soi.

Maïténa, devant son placard, choisissait le vin qu’elle devait lui faire boire. Sur une étagère, au-dessus des bouteilles, elle apercevait un flacon de liquide à base d’arsenic destiné aux taupes et aux rats campagnols. Ce flacon l’intéressait. Pascal méritait de se rafraîchir avec son contenu. Raisonnablement, elle aurait dû en verser quelques gouttes dans la bouteille qu’elle allait lui servir. Ça n’en changerait guère le goût, et puisqu’il boirait il ne pourrait pas dire qu’elle n’était pas une bonne hôtesse.

Il est assez naturel qu’une femme fasse couler le sang de celui qu’elle aime. Il vient de la féconder, elle le tue. Ainsi le rajeunissement de l’espèce est assuré. La pullulation humaine et la guerre sont évitées. Le fer, le feu et le sang sont désirables en amour. Mais le poison n’est pas voluptueux. Et la main qui devait verser l’arsenic était malheureusement de chair, d’une chair lascive. Débat du cerveau et de la chair.

Le cerveau fut simplement assez puissant pour que le spectateur ne vît pas sa défaite.

Maïténa prit un verre vide qu’elle posa devant Pascal.

— Tiens, que j’étais bête ! Tu vas boire le même que nous.

Et elle lui donna le vin du pichet.

Il but d’un air concentré, lécha ses lèvres et fit une offre intéressante :