Et un rire prodigieux la secoua.
Une joie immense se tenait droite et se gonflait comme sa vie et sa chair. Elle éclaboussait l’homme et le champ piteux. Son rire, petit génie de la terre amoureux des belles récoltes, était soutenu par un rayon de soleil pour châtier le mauvais cultivateur. Ce rayon de soleil aveuglait Pascal. Ses oreilles restaient seules ouvertes. Il y recevait une cascade de sons cristallins comme dans une sébile.
Pascal éprouvait la sensation d’avoir les pieds collés à la terre qui était en haut, et, la tête en bas, d’aller s’abîmer dans le ciel, acrobatie pénible pour un mendiant honteux.
— J’avais les travaux en retard, dit-il du ton qu’il aurait dit : « Je chante toute la messe en latin, ma bonne dame ! »
— Ta femme et tes travaux ont eu des retards en même temps ! Quel méchant ouvrier tu fais !
Quand Maïténa parlait, l’air devenait lascif et charnel. Sa voix avait cet enrouement naturel qui est voluptueux. Son corps venait de s’imbiber de tous les parfums des champs parmi lesquels celui de la menthe dominait. Il les distillait, les pulvérisait autour de lui. Les cinq sens à la fois étaient possédés par elle. Le champ bordé de tous côtés par des haies vives en était saturé et semblait vouloir la retenir dans son enceinte. Elle était de l’opium, du beau temps et des seins. La flamme qui veillait dans ses yeux mettait le feu à ses phrases. Son interlocuteur s’étonnait que ce feu adhérât à lui, — il en sentait les crépitements et les étincelles, — et qu’il ne le fît pas souffrir.
Après quelques mots prononcés, elle se mettait à rire ; et, tout de suite, les limites du champ de blé prenaient du champ. L’atmosphère qui ne formait qu’un bloc se disloquait. Ses milliers de parcelles montaient jusqu’au ciel, et allaient en heurter la voûte illuminée comme une fête de village. Les arbres flottaient comme des drapeaux.
L’esprit de Pascal avait été emporté dans ce tourbillon, et valsait quelque part dans l’espace. Son corps privé d’un guide aussi léger s’abandonnait à lui-même. Il s’approcha. Ses lèvres et celles de la jeune femme, qui se cherchaient dans le ciel, se joignirent.
Leurs lèvres étaient parfaitement dessinées. La volupté coula dans leurs interstices comme le sang coule dans les rigoles des baïonnettes modernes. Le baiser, né de lui-même à la manière des molécules de Darwin, se prélassa longuement sur son double berceau et puis mourut encore de lui-même. Son cadavre disparut. Il ne laissa qu’un goût de vie sur la bouche de ses deux assistants.
Pascal venait d’acquérir quelque espoir. Il osa murmurer :