— Pourquoi pas ?

Maïténa découvrit la différence de leurs désirs. — Lui subissait un amour intégral. Son cœur et son intelligence étaient pris. Il désirait donner un autre aspect au souvenir qu’il garderait de Virgile. S’il l’avait vraiment tué d’un coup de hache, quel acte peu délicat ! Le tromper avec sa femme démontrerait une autre sensibilité et une autre éducation. Ceci se substituerait à cela dans sa mémoire. D’autre part, il s’attendrissait de pouvoir aimer quoiqu’il fût un assassin. — Quant à elle, elle ressentait un amour pur, tout dépouillé de ces scories sentimentales.

Elle répondit honnêtement :

— Ça me contenterait, sans doute, moi ! Mais toi, tu y as mis le cœur !

— Tu ne sais pas si tu ne me donnerais pas le temps de le contenter aussi. On dit que les femmes n’accordent leur cœur qu’après le reste.

Elle sourit à la façon d’Ourtic ; et Pascal se sentit prodigieusement isolé dans son champ, isolé comme on ne peut l’être qu’en pleine campagne où les créations sont peu humaines et ressortissent surtout à la fatalité.

— Je te veux quand même, affirma-t-il énergiquement.

Mais les feuilles des peupliers ne tressaillirent pas comme tout à l’heure à l’appel de Maïténa ; et les blés secs gardèrent leur dignité.

Elle cessa de sourire.

— Si je m’écoutais, je serais d’abord à toi ; et puis je te tuerais. Deux plaisirs. Mais je ne dois pas prendre le premier !