Pendant ces derniers mois, Pascal et Maïténa étaient si préoccupés l’un par l’autre qu’ils n’avaient pas remarqué la métamorphose d’Omer. L’épais goujat du début de l’année devenait un garçon mince, presque fin, qui intéressait les matrones et qu’on croyait poitrinaire.

Ses yeux seuls représentaient sa substance dissoute. Ils brûlaient au fond du visage comme dans le creux d’une cheminée. Ils étaient si beaux qu’on se demandait si c’étaient toujours les mêmes.

Vexé de l’étonnement des deux autres, il répéta sa phrase, mais d’un air plus agressif :

— Si ça me plaît de vous ennuyer, à moi !

Pascal haussa les épaules. Maïténa sourit. Alors, le garçon accomplit de tout son corps un grand geste obscène.

La jeune femme fit deux pas en arrière. Incarnat, Pascal se demandait si elle jugerait bon qu’il se jetât sur son insulteur, quand celui-ci fit entendre un long rire niais et pacifiant. Puis, comme si ce n’eût pas été suffisant pour mettre fin à cette scène, une batteuse toute proche siffla.

— Je passais, dit Maïténa pour se remettre en marche.

Et son premier pas fut léger comme si elle eût eu de l’élan et comme si elle ne se fût pas arrêtée.

— Tu t’en vas comme ça ? demanda Pascal humblement.

— Un des deux frères suffisait ! répondit-elle sans se retourner.