Cependant, un peu plus loin, lorsqu’elle eut mis une haie entre elle et les jeunes gens, elle ne put résister à l’envie de regarder derrière soi. Sans risquer d’être vue, elle s’aperçut qu’ils causaient avec cordialité. Elle en ressentit une sorte de déception. Elle ne savait pas l’influence de l’atmosphère sensuelle qui l’accompagnait partout.
De son côté, d’ailleurs, elle rentrait dans sa chair dont elle s’était déprise tout à l’heure. Le seul événement qui demeurât en elle n’était pas le baiser, mais d’avoir trouvé et exprimé son secret : « Je ne pourrai te tuer qu’après m’être donnée à toi. » Cette certitude l’éclairait si miraculeusement qu’à sa lumière il lui fut permis, — acte bien rare dans son existence, — de se poser quelques questions.
Pourquoi éprouvait-elle un appétit de vengeance aussi violent ? La vengeance était un sentiment naturel qui se mariait bien, autrefois, avec son caractère. Mais comment, à l’instant où elle se déjugeait et où elle se démontrait si femme, conservait-elle cette ténacité si peu féminine ? Elle se demandait si son cœur — le mot tuer — aurait été aussi véhément si sa chair avait été plus calme.
Le premier tintement de l’angélus arrêta ses réflexions. Le temps avait passé très vite sur le chemin de traverse qui va de la maison d’Ourtic à la route d’Oloron.
Le son des cloches du village était d’une pureté merveilleuse. Il paraissait l’expression même de la belle saison, des bonnes nouvelles, du désir voluptueux qui vous appelle vers les soupes bien mitonnées. Midi était sonné par le carillon, par Maïténa et par les clochettes incarnadines des bruyères.
XVIII
En août, les béarnais sont amoureux. Ils n’ont rien de mieux à faire. La chaleur de leur pays est prodigieusement humide. Elle amollit leurs corps, les met en contact direct avec la sensualité universelle, qui est elle-même la chaleur humide. Des couples y naissent et se séparent et forment des individualités. Et ces individualités courent former ailleurs d’autres couples, puis se divisent elles-mêmes. Désirs. Natalité. Confusion. Anéantissement de la médecine. L’amour coule dans tous les fossés.
L’amour n’est rien. Les hommes ne pensant plus à rien sympathisent. Les femmes pensent un peu, et dépassent maintenant les hommes. Les enfants et les vieillards sont en vacances et sourient. Il y a aussi les poètes qui pleurent derrière leurs contrevents.
Un jour, Maïténa demanda à Ourtic.
— Où couchaient-ils, l’Ambrosine et le Pascal ?