— Mais dans ton lit !
Depuis la naissance de Maïténa, jamais les pendules n’avaient été aussi épuisées et aussi fainéantes que cette journée-là. Pourtant, tout s’écoula, même le soleil, même Ourtic vers sa chambre pour aller dormir.
Quand elle fut seule, elle éteignit tout. Elle se précipita vers son lit avec des cris de joie. Sa gorge tremblait. Son lit tremblait. Elle n’osait pas se donner à lui toute nue. Elle gardait sa chemise. Et elle entra follement dans ses draps, des draps froissés, comme dans la peau d’une femme qui avait déjà reçu le jeune homme. Mais ses draps étaient une bouche, une main moites. Ils se collaient aux endroits les plus sensibles et les plus suants, ils avaient la fièvre. Ils se brûlaient eux-mêmes, se liquéfiaient, s’évanouissaient. Elle les recherchait. Sa gorge, son ventre, ses cuisses, les écrasaient pour en retrouver une parcelle. Son sang courait après eux dans ses veines.
Deux jours après, elle enleva sa chemise.
Venger Virgile, lui être fidèle, étaient pour elle deux passions aussi fortes. Mais la douleur d’être fidèle la poussait à exalter une vertu si difficile.
Chaque fois qu’elle allait sur la route, elle le découvrait, lui, Pascal. Il rôdait sans cesse autour de sa maison et de sa conscience. Il sortait de derrière une haie, marchait à sa hauteur, et lui parlait. La porte de Maï ne s’ouvrait plus que sur l’amour.
— Saigne-moi, ou donne-toi, ou fais les deux. Mais ne me laisse plus vivre. C’est pour le Virgile que je parle. Ton esprit est à lui. Ton corps est à moi, à moi. Tu ne le tromperas pas plus que tu ne le trompes. Et tu ne le trompes pas du tout. Tu me saigneras ensuite.
Elle se méfiait, d’une façon obscure, de pareils arguments. Il avait acquis une certaine finesse depuis qu’il aimait. Cette métamorphose n’était pas parallèle à celle de Maïténa qui concernait uniquement la chair. Elle comprenait bien cette différence. Les habiletés de Pascal n’attaquaient pas le moins du monde son cerveau, mais seulement sa peau qui était déjà toute conquise.
Ourtic observait souvent sa ménagère à la dérobée. Son menton remontait jusqu’à son nez par-dessus sa bouche dépouillée de dents. Il ne cherchait pas à cacher son inquiétude, car personne ne songeait à la remarquer. Que ferait-il si elle mourait, elle qui faisait une soupe si savoureuse, surtout depuis que la graisse était rance ?
— Ton existence a été déviée, Maï ! Fais-lui reprendre un autre courant.