— Pour cela les rivières changent de lit.

Par la fenêtre, il considérait le hongreur qui passait sur la route, à cheval, les pieds ballants, portant en sacoche son rasoir et quelques antiseptiques vétérinaires.

— Quel dommage qu’on ne puisse pas nous arranger, nous aussi !

Il souffrait de voir un pareil conflit entre l’âme et le corps dans un être aussi parfaitement naturel, créé pour une vie rectiligne.

Ourtic était sorti tout pensif sans se douter qu’il laissait derrière soi une idée à Maïténa.

Il lui fallait un moyen d’apaiser sa chair. Son sang était trop chaud, trop ardent, trop virulent. Elle avait trop de sang.

Elle fit quelques préparatifs, retroussa très haut sa manche gauche. Son bras était blanc comme du papier vierge. Elle y traça une entaille avec un couteau de cuisine, bien propre comme tous ses couteaux. L’entaille rougit, s’ouvrit, coula. Elle était assise. Il y avait un seau près d’elle qui recevait la petite rigole. Elle était très sage. Elle avait vu saigner un apoplectique par le pharmacien, bonhomme imbu des vieilles traditions. — La saignée a fait ses preuves. — Elle savait opérer.

Ourtic rentra au moment exact où l’opération devait s’achever. Maïténa n’en attendait pas moins de lui. Elle lui fit signe de prendre une bande de charpie toute préparée pour serrer son bras. Mais il s’affola. Il ne comprit pas. Il cria. Et la jeune femme dut se panser elle-même.

— Quand une femme se calme tout à fait, les hommes deviennent fous. C’est la règle.

Il ne répondit pas sur-le-champ. Il suffoqua. Elle le regarda avec intérêt. Elle était contente de cet intérêt dont elle ne se croyait plus capable pour un vieillard. Elle se convainquait ainsi déjà de sa métamorphose.