Le surlendemain, Maïténa, ayant bu un peu plus d’eau que de coutume, avait refait son beau sang tout naturellement. Seulement, Ourtic ne lui donnait pas de conseils et veillait sur elle sans distraction.
Cela lui était facile. Elle ne sortait plus de peur de rencontrer Pascal. Elle espérait faire mourir son désir d’inanition.
Hélas ! elle n’avait pas besoin de voir le jeune homme pour savoir qu’il errait aux alentours. Des frissons couraient sur sa peau avec plus ou moins d’intensité suivant qu’il surveillait sa maison de près ou de loin. Il était sans cesse aux aguets.
Il n’ignorait plus qu’il ne pouvait la convaincre par des raisonnements. Il se décida. Un jour, il choisit un moment où elle était seule. Il se précipita dans la cuisine et sur elle. Elle saisit aussitôt la pelle du four. Comme la pelle de bois allait s’abattre sur Pascal, Ourtic entra. Il était temps.
— Tu es bien méchante, Maï, fit-il.
Il la désarma, tandis que le jeune homme sautait par la fenêtre. Il haussa les épaules ; et il sortit de nouveau, mais ce fut sans succès.
Le soir de ce même jour, lorsque l’horizon eut fini de dévorer le crépuscule, Maïténa pénétra dans sa chambre après avoir fermé à clef la vieille porte de la métairie et couché son fils. Ourtic dormait déjà.
La chambre de la jeune femme était blanchie à la chaux, pavée de carreaux rouges posés sur la terre. Aucune glace ne l’ornait. Un rameau de laurier béni encore vert suspendu à l’un des murs empêchait ceux-ci d’être complètement nus. Elle ne savait pas faire les bouquets. Elle ne savait pas davantage agrémenter une pièce. Jusqu’à présent, ça ne lui manquait pas. Quand elle voulait voir de belles choses, elle regardait le paysage ; et, sa chambre fermée, elle dormait.
Maintenant, pendant les longues veilles où son sexe de plus en plus altéré la faisait se tordre sur ses draps, elle n’avait plus la ressource de voir la nuit à travers ses fenêtres qu’elle n’osait ouvrir à cause de Pascal. Aussi, avait-elle obscurément l’idée des ornements qui auraient pu la distraire. Ne serait-ce pas ainsi qu’à l’origine l’amour naturel créa la poésie ?
Il lui fallait un certain temps avant de se mettre au lit. Quand elle était déshabillée, elle laissait lentement le vide de la pièce s’emparer de sa forme. Peu à peu, sa peau se rafraîchissait au contact de l’air, se laissait admirer en détail par la chandelle.