— Tue-le ! Tue-le ! cria-t-elle, soudain.

Alors, elle aperçut une chose inouïe. Omer se levait. Il ajustait sa ceinture qui tombait. Il aidait son frère à se remettre debout. Et il lui serrait la main.

— Puisqu’elle le veut, ce n’est pas la peine !

XXI

Quoiqu’elle parlât très peu avec ses voisines et qu’elle eût toujours repoussé les avances de celles qui voulaient devenir ses amies, Maïténa était admirée par tout le village. Elle était aimée. Elle était même populaire.

Un sentiment aussi universel n’a, le plus souvent, aucune cause. Un paysage est tel qu’il est sans motif. Et ce n’est pas sa faute s’il est un état d’âme. Donc, les paysans étaient fiers de posséder une aussi jolie femme dans leur village. Alors que leurs filles les plus belles s’en allaient vers Paris, cette belle étrangère était venue chez eux. Elle donnait de l’appétit aux vieillards, de l’amour aux jeunes hommes. Les autres femmes s’en trouvaient bien.

Lorsque, durant la nuit de Pascal, les cris de Maïténa apprirent à tout le pays qu’elle avait un amant, on l’estima encore davantage. On lui sut gré de condescendre aussi gentiment à ne plus vouloir se singulariser.

Ainsi, dans son milieu, la situation de Maï ne changeait point. Cette sympathie de tous ne servait qu’à l’isoler au centre d’une métamorphose que personne ne remarquait.

Calmée, elle avait la sensation d’être plus belle depuis l’étreinte de Pascal. Elle était fière du plaisir qu’elle avait recueilli et honteuse de celui qu’elle avait accordé. Quand elle voyait de loin son amant, elle reconnaissait sur lui son corps à elle, comme si ses empreintes fussent ineffaçables. Et, en se voyant sur lui, elle regrettait d’avoir tant de charmes.

Elle ne pouvait supporter que sa chair fût contente d’elle tandis que son cœur était dégoûté. Mais, malgré soi, ses yeux étaient plus tendres qu’avant Pascal, sa bouche plus sensuelle, et son sang circulait plus gaîment parmi les sinuosités de sa chair.