Pour le roi Bardus, voici ce qu’il chanta :

« Je chante l’aube du matin ; les premiers rayons de l’aurore qui ont lui sur les Gaules, empire de Pluton ; les bienfaits de Cérès, et le malheur de l’enfant Loïs. Écoutez mes chants, esprits des fleuves, et répétez-les aux esprits des montagnes bleues.

» Cérès venait de chercher par toute la terre sa fille Proserpine. Elle retournait dans la Sicile, où elle était adorée. Elle traversait les Gaules sauvages, leurs montagnes sans chemins, leurs vallées désertes et leurs sombres forêts, lorsqu’elle se trouva arrêtée par les eaux de la Seine, sa nymphe, changée en fleuve.

» Sur la rive opposée de la Seine se baignait alors un bel enfant aux cheveux blonds, appelé Loïs. Il aimait à nager dans ses eaux transparentes, et à courir tout nu sur ses pelouses solitaires. Dès qu’il aperçut une femme, il fut se cacher sous une touffe de roseaux.

» Mon bel enfant, lui cria Cérès en soupirant, venez à moi, mon bel enfant ! A la voix d’une femme affligée, Loïs sort des roseaux. Il met en rougissant sa peau d’agneau, suspendue à un saule. Il traverse la Seine sur un banc de sable, et, présentant la main à Cérès, il lui montre un chemin au milieu des eaux.

» Cérès, ayant passé le fleuve, donne à l’enfant Loïs un gâteau, une gerbe d’épis et un baiser ; puis lui apprend comme le pain se fait avec le blé, et comment le blé vient dans les champs. Grand merci, belle étrangère, lui dit Loïs ; je vais porter à ma mère vos leçons et vos doux présents.

» La mère de Loïs partage avec son enfant et son époux le gâteau et le baiser. Le père, ravi, cultive un champ, sème le blé. Bientôt la terre se couvre d’une moisson dorée, et le bruit se répand dans les Gaules qu’une déesse a apporté une plante céleste aux Gaulois.

» Près de là, vivait un druide. Il avait l’inspection des forêts. Il distribuait aux Gaulois, pour leur nourriture, les faînes des hêtres et les glands des chênes. Quand il vit une terre labourée et une moisson : Que deviendra ma puissance, dit-il, si les hommes vivent de froment ?

» Il appelle Loïs. Mon bel ami, lui dit-il, où étiez-vous quand vous vîtes l’étrangère aux beaux épis ? Loïs, sans malice, le conduit sur les bords de la Seine. J’étais, dit-il, sous ce saule argenté ; je courais sur ces blanches marguerites ; je fus me cacher sous ces roseaux, car j’étais nu. Le traître druide sourit : il saisit Loïs, et le noie au fond des eaux.

» La mère de Loïs ne revoit plus son fils. Elle s’en va dans les bois et elle s’écrie : Où êtes-vous, Loïs, Loïs, mon cher enfant ? Les seuls échos répètent Loïs, Loïs, mon cher enfant ! Elle court tout éperdue le long de la Seine. Elle aperçoit sur son rivage une blancheur : Il n’est pas loin, dit-elle ; voilà ses fleurs chéries, voilà ses blanches marguerites. Hélas ! c’était Loïs, Loïs son cher enfant !