Je souris en moi-même de la naïveté de la fille du roi Bardus, et à la vue de tout ce qu’elle appelait des biens ; mais, comme la véritable richesse d’une femme est l’amour du travail, la simplicité, la franchise, la douceur, et qu’il n’y a aucune dot qui soit comparable à ces vertus, je lui répondis :
« O Gotha ! le mariage chez les Égyptiens est une union égale, un partage commun de biens et de maux. Vous me serez chère comme la moitié de moi-même. »
Je lui fis présent alors d’un écheveau de lin, crû et préparé dans les jardins du roi son père. Elle le prit avec joie, et me dit :
« Mon ami, je filerai ce lin, et j’en ferai une robe pour le jour de mes noces. »
Elle me présenta à son tour ce chien que vous voyez, si couvert de poils qu’à peine on lui voit les yeux. Elle me dit :
« Ce chien s’appelle Gallus ; il descend d’une race très fidèle. Il te suivra partout, sur la terre, sur la neige et dans l’eau. Il t’accompagnera à la chasse, et même dans les combats. Il te sera en tout temps un fidèle compagnon, et un symbole de mon attachement. »
Comme la fin du jour approchait, elle m’avertit de me retirer, de ne point descendre à l’avenir par le fleuve, mais d’aller par terre le long du rivage, jusque vis-à-vis de son île, où ses femmes viendraient me chercher. Je pris congé d’elle, et je m’en revins chez moi en formant dans mon esprit mille projets agréables.
Un jour que j’allais la voir par un des sentiers de la forêt, suivant son conseil, je rencontrai un des principaux iarles, accompagné de quantité de ses vassaux. Ils étaient armés comme s’ils eussent été en guerre. Pour moi, j’étais sans armes, comme un homme qui est en paix avec tout le monde. Cet iarle s’avança vers moi d’un air fier, et me dit :
« Que viens-tu faire dans ce pays de guerriers, avec tes arts de femme ? Prétends-tu nous apprendre à filer le lin, et obtenir, pour ta récompense, Gotha ? Je m’appelle Torstan. J’étais un des compagnons de Carnut. Je me suis trouvé à vingt-deux combats de mer, et à trente duels. J’ai combattu trois fois contre Vittiking, ce fameux roi du Nord. Je veux porter ta chevelure aux pieds du dieu Mars, auquel tu as échappé, et boire dans ton crâne le lait de mes troupeaux. »
Après un discours si brutal, je crus que ce barbare allait m’assassiner ; mais, joignant la loyauté à la férocité, il ôta son casque et sa cuirasse, qui étaient de peau de bœuf, et me présenta deux épées nues, en m’en donnant le choix.