LE PÈRE.

Je veux l’embellir pour vous tous les jours de ma vie. Je planterai, au nord de la maison, un lierre qui grimpera sur l’escalier, et viendra entourer vos fenêtres de son feuillage. Les oiseaux d’hiver, que vous aimez parce qu’ils sont malheureux, viendront s’y réfugier ; vous y entendrez hanter votre ami, le rouge-gorge. Je planterai de l’autre côté, au midi, une vigne qui formera un berceau au-dessus de la porte ; j’y élèverai au-dessous un banc de gazon : nos enfants s’y reposeront un jour, et s’y entretiendront de nous lorsque nous ne serons plus. Sur la faîtière du toit, je mettrai des ognons d’iris, dont la fleur vous plaît ; sa couleur, qui imite celle de l’arc-en-ciel, ses feuilles en lames d’un beau vert de mer, accompagneront bien les longues marbrures de mousse qui se détachent, comme des lisières de velours vert sur le chaume fauve de la couverture. Quel autre genre d’embellissement désirez-vous ici ?

LA MÈRE.

Je n’en ai jamais désiré dans vos ouvrages ; je n’aurais jamais cru que ce lieu en fût encore susceptible.

LE PÈRE.

J’aurais bien pu entourer cette possession d’un mur, mais j’ai préféré une haie vive. Chaque année dégrade un mur, et fortifie une haie ; chaque année, un mur consomme des pierres, et une haie produit du bois. D’ailleurs, une haie est une décoration. Une belle haie présente seule le spectacle d’un beau jardin. Voyez ces pruniers sauvages, dont les fruits naissants sont semblables à des olives. Ces sureaux voisins parfument l’air de leurs bouquets de fleurs en ombelles ; ces houx opposent leur vert lustré et leurs grains écarlates aux nuages blancs des fleurs de l’aubépine ; l’églantier jette çà et là ses guirlandes de roses, relevées d’un vert tendre. La ronce même n’est pas sans beauté ; elle accroche d’un arbrisseau à l’autre ses longs sarments garnis de girandoles couleur de chair, et elle se roule autour des troncs des arbres de la forêt, qui sont renfermés dans la haie, et qui s’élèvent de distance en distance, comme autant de colonnes qui la fortifient. Mille petits oiseaux trouvent à la fois de la nourriture et des abris sous ces différents feuillages. Chaque espèce a son étage ; en bas sont les merles, les fauvettes, les tarins ; plus haut, les rossignols ; et au faîte de ces vieux ormes, nous entendons murmurer la tourterelle, et nous voyons voltiger la grive qui y bâtit son nid. La nature a jeté, depuis le sommet de la forêt jusque sur ces gazons, des rideaux de toutes sortes de verdures et de fleurs, pour mettre les nids des oiseaux à l’abri. Vous en faisiez autant, lorsque vous couvriez d’un voile de taffetas vert, brodé de vos mains, le berceau de nos enfants.

LA MÈRE.

Oh oui ! cette forêt et cette haie sont les vrais berceaux des oiseaux. Il n’y a point de mère aussi attentive que la nature.

LE PÈRE.

Vous entouriez le berceau de vos enfants de barrières d’osier, de peur que quelque choc ne troublât leur repos. La nature a de même garni d’épines la partie inférieure de celui-ci, afin d’en écarter les ennemis. Il n’y a dans ce climat que les arbrisseaux qui ont des épines ; les grands arbres n’en ont point : les oiseaux qui y nichent sont défendus par leur élévation. Cependant, beaucoup d’espèces de grands arbres des pays chauds en ont, afin que les oiseaux puissent y faire leurs nids en sûreté ; car il y a dans ces pays-là plusieurs espèces de quadrupèdes qui savent grimper et qui viendraient manger leurs œufs.