Et moi, à cause de la reine, qui fait le bonheur de notre prince, je suspendrai au chèvrefeuille l’étoffe de laine blanche que j’ai filée cet hiver ; et à la fin de la fête, j’en ferai présent à celle des filles que vous aurez trouvée la plus aimable.

MONDOR, toujours caché, pendant que la mère parle, rêve un peu.

Ils font des projets de bienfaisance dans le sein de la pauvreté ! O charmes de la vertu, vous subjuguez mon cœur !

LA MÈRE.

Si nous faisions de cette étoffe une loterie pour les filles seulement, et si nous y joignions de petits paniers de fruits, des bouquets, des pots pleins de laitage, chaque convive pourrait avoir son lot et s’en retournerait content.

LE PÈRE.

A merveille ! Votre don n’humiliera point celle qui le recevra, et ses enfants attacheront à vos aumônes le prix qu’on attache aux présents.

LA MÈRE.

Ce jour-là, je ferai porter à Henri et à Antoinette des chapeaux de bluets, de coquelicots et d’épis de blé ; ils seront le roi et la reine du bal. Il faut accoutumer nos enfants à vivre avec les malheureux, afin qu’ils apprennent de bonne heure que ce sont des hommes.

(Antoinette apporte sur sa tête un large panier couvert d’un linge blanc.)