ANTOINETTE.
Papa et maman, voici le déjeuner.
LA MÈRE.
Place-le sur l’herbe, mon enfant.
ANTOINETTE arrange le déjeuner sur l’herbe.
Voilà un fromage à la crème tout frais, et des gâteaux sortant du four ; voilà du beurre nouveau, et de belles pommes de l’année passée ; voici des fraises précoces que j’ai trouvées mûres, le long de la maison, du côté où le soleil donne à midi : les gâteaux sont un peu brûlés. Voici, maman, pour votre dîner, un petit panier de champignons que j’ai cueillis au pied d’un rocher, au milieu d’un lit de mousse : ils sont bons à manger, car ils sont couleur de rose, et ils ont une fort bonne odeur. Voici encore des écrevisses toutes vives, que j’ai pêchées sur le bord du ruisseau : j’ai eu beaucoup de peine à les prendre ; il m’a fallu des pincettes ; il y en a une qui m’a bien mordue : j’en ai encore le doigt tout rouge.
LE PÈRE.
Elles sont bien grosses. On n’en sert pas de plus belles à la table des princes.
LA MÈRE, à Antoinette.
Tu veux me faire faire bonne chère aujourd’hui, et je n’ai point d’appétit.