LA DEMOISELLE s’assied en faisant beaucoup de cérémonies.

Madame, vous êtes bien bonne ; je me reposerai donc un petit moment ici, avec votre permission ; car je suis bien fatiguée. Je m’en vais en pèlerinage à la bonne sainte Anne d’Auray, qui est bien renommée partout. Je suis partie avant-hier au matin de Paris ; j’ai toujours marché depuis ce temps-là ; je ne sais pas combien j’ai fait de lieues.

LE PÈRE.

Mademoiselle, vous avez fait cinq lieues. Et dans quelle province, s’il vous plaît, est la bonne sainte Anne d’Auray ?

LA DEMOISELLE.

Elle est, Monsieur, dans mon pays, en Bretagne. Oh ! mon Dieu ! je n’ai fait que cinq lieues en deux jours, et je ne peux plus marcher.

LE PÈRE, à Antoinette.

Ma fille, apportez-nous une bouteille de vin vieux.

LA MÈRE.

Mangez, je vous prie, Mademoiselle ; prenez des forces ; quelques verres de vin vous rétabliront.