Quelle étrange créature est celle-là ! elle porte sur elle tout l’attirail de la misère : ces bonnes gens l’accueillent, sans la connaître, avec toute sorte d’humanité.
LE PÈRE, à la demoiselle.
Mais pourquoi, Mademoiselle, vous exposez-vous, avec une santé si faible, à aller si loin ?
LA DEMOISELLE.
Ah ! Monsieur, si vous saviez combien de gens ont été tirés de peine par cette bonne patronne de mon pays, par la bonne sainte Anne d’Auray !
LE PÈRE.
A Dieu ne plaise que j’ébranle le roseau sur lequel le faible s’appuie ! Votre bonne patronne est sans doute toute-puissante ; mais vous allez la chercher bien loin, et la Providence est partout.
(Antoinette apporte une corbeille, qu’elle met aux pieds de sa mère. Celle-ci en tire une pièce d’étoffe de laine blanche, qu’elle présente à l’étrangère, en lui disant :)
LA MÈRE.
Mademoiselle, les personnes délicates comme vous, qui n’ont pas coutume de voyager à pied, oublient souvent des précautions nécessaires dans le voyage. Les jours sont chauds, mais les matinées et les soirées sont encore fraîches ; voici une étoffe à la fois légère et chaude, qui pourra vous être utile sous votre robe. Je vous prie de l’accepter ; je l’ai filée et tissée moi-même ; c’est une bagatelle qui ne me coûte rien ; c’est mon ouvrage.