ANTOINETTE, à sa mère.

Maman, permettez que je présente aussi à Mademoiselle ce chapeau de paille que j’ai fait en me jouant.

(La mère ayant témoigné son consentement d’un signe de tête et en souriant, Antoinette présente ce chapeau à l’étrangère, en lui disant :)

— Mademoiselle, faites-moi, je vous prie, l’amitié d’accepter ce chapeau ; il vous mettra à l’abri du soleil et même de la pluie.

LA DEMOISELLE, pleurant.

Bonnes gens de Dieu !… Les étrangers me secourent, et mes parents m’abandonnent ! Monsieur et Madame… et vous, ma noble demoiselle… je voudrais être assez forte pour vous servir comme servante, toute ma vie ; mais les maladies, les chagrins m’ont trop affaiblie. Telle que vous me voyez, Madame, je suis une fille de condition d’une ancienne famille de Bretagne ; je suis… (pleurant et sanglotant) une pauvre créature bien misérable !

LA MÈRE, à la demoiselle.

Calmez-vous, Mademoiselle, calmez-vous ; nous ne faisons pour vous que ce que vous feriez pour nous en pareil cas. Nous ne pouvons rien ; mais si vous vous étiez arrêtée à ce château là-bas, vous auriez été mieux reçue : c’est la demeure d’un homme riche ; c’est le château de M. Mondor.

LA DEMOISELLE, effrayée, veut se lever.

C’est le château de M. Mondor ! oh ! je m’en vais tout-à-l’heure, Madame, je m’en vais. Si le seigneur de ce château savait que je suis ici, il me ferait enfermer pour le reste de ma vie.