LA MÈRE.

Ayez bonne espérance, pauvre infortunée ! essuyez vos larmes. La Providence, à laquelle vous vous fiez, ne vous abandonnera pas.

LA DEMOISELLE.

Avant de quitter pour toujours ce pays, sachant que M. Mondor était à son château, j’ai voulu faire une dernière tentative auprès de lui ; d’ailleurs son château était presque sur ma route. J’y suis donc arrivée hier au soir. J’ai vu un grand nombre d’équipages et beaucoup de mouvement dans les cours, comme en un jour de fête, ou, pour mieux dire, comme tous les jours ; car mon cousin est fort riche et fort honorable. Je me suis présentée toute tremblante à la grille ; je craignais encore que les chiens de la basse-cour ne me déchirassent, car ils aboyaient beaucoup après moi. Enfin, un laquais est venu et m’a empêchée d’aller plus loin, en me demandant rudement ce que je voulais. Je lui ai répondu avec beaucoup de douceur que je voulais parler à monsieur Mondor, et je lui ai dit que j’étais sa cousine. Il est allé avertir Madame, et bientôt après il est venu me dire de sa part :

« Retirez-vous, aventurière qui prenez un nom qui ne vous appartient pas ! Sortez avant la nuit de dessus les terres de Monseigneur, sous peine d’être enfermée. »

Je me suis retirée, saisie d’effroi, à l’extrémité du village, chez un pauvre paysan où j’ai passé la nuit à pleurer, couchée sur la paille ; et dès la petite pointe du jour, je me suis mise en route pour perdre de vue ce terrible château. Comment ! j’ai marché si longtemps, et c’est encore là lui ! je m’en croyais bien loin. Oh ! je m’en vais, Madame, ils me feraient enfermer.

LA MÈRE.

Reposez-vous et mangez tranquillement. Prenez ce panier de gâteaux et de fruits ; ils vous feront plaisir sur la route. Je suis fâchée que vous ne buviez pas de vin. Pauvre demoiselle ! fiez-vous à Dieu de tout votre cœur.

LE PÈRE.

Quand les maux sont à leur comble, ils touchent à leur fin. Les Persans disent en proverbe que le plus étroit défilé est à l’entrée de la plaine.