Achève donc ; tu me transis de frayeur.
ANTOINETTE.
Ah ! mon pauvre frère !
HENRI.
O mon papa ! ô maman ! j’ai eu grand’peur. Je me suis dit : Dieu vent me punir d’être sorti de la maison aujourd’hui, sans avoir reçu votre bénédiction ; je lui en ai demandé pardon de tout mon cœur ; je me suis recommandé à lui ; j’ai fait le signe de la croix, et je me suis avancé vers ces cavaliers hardiment, quoique je tremblasse bien fort.
Ils étaient armés de pistolets : un d’eux m’a dit d’une voix rude :
« Montre-nous le chemin. »
Je leur ai fait signe de me suivre ; je les ai conduits par un long détour au-delà de la carrière, et je les ai remis sur la grande route. Le carrosse a eu beaucoup de peine à en traverser le fossé, car il était bien lourd. Quand il a été sur le grand chemin, une des personnes qui étaient dedans, laquelle avait le visage noir comme du charbon, m’a dit par la portière :
« Mon petit ami, je vous prie de porter cette lettre au château de Mondor, et de ne l’y remettre que ce soir. »
Sa voix était douce comme la voix d’une femme. J’ai pris sa lettre, et je lui ai promis de la remettre ce soir.