Continuez, mon fils.
HENRI.
Je suis revenu à la carrière chercher une autre pierre : il était déjà grand jour. J’y ai trouvé des paysans rassemblés qui y jouaient à un vilain jeu. Ils avaient suspendu par le cou une oie en vie, et pendant que cette pauvre bête se débattait en allongeant les pattes et en agitant les ailes, ils tâchaient de loin de lui rompre le cou à coups de bâton. Un petit Savoyard qui allait à Paris s’est approché d’eux pour les regarder ; un moment après, les écoliers qui allaient à l’école sont venus aussi les considérer. Un d’eux, ayant aperçu ce petit Savoyard, s’est mis à dire en le montrant du doigt :
« Voilà notre oie ! »
Aussitôt tous se sont écriés :
« Voilà notre oie ! voilà notre oie ! »
Ils l’ont entouré, et se sont mis à lui jeter des pierres. Les paysans les regardaient faire, et se mettaient à rire ; je suis accouru au secours de ce pauvre malheureux ; mais ces écoliers étaient en si grand nombre, et leurs pierres me sifflaient d’une telle roideur aux oreilles, que j’aurais sans doute été bien blessé si le maître d’école ne fût venu à passer. Dès qu’ils l’ont aperçu, ils sont restés bien tranquilles ; mais il les avait vus de son côté, et il a dit qu’il les fouetterait pour ça. En vérité, mon papa, ils sont bien méchants ; pendant que je demandais grâce pour eux au maître d’école, il y en avait derrière lui qui me tiraient la langue et qui me montraient le poing.
LE PÈRE.
Mon fils, vous vous êtes très-bien conduit ; c’est une action divine d’aller au secours des misérables et de pardonner à ses ennemis.
HENRI.