LE PÈRE, à Mondor.

Cela étant, Monsieur, trouvez bon que je vous refuse cette lettre pour la conserver à monsieur Mondor.

MONDOR, au père.

J’approuve, Monsieur, vos précautions : cette lettre, en effet, est importante, et je vous suis inconnu. Quel coup de la Providence ! il faut que j’emploie, pour me faire reconnaître par des étrangers, le témoignage de la même personne que j’ai si longtemps méconnue dans ma famille. (A l’étrangère :) Mademoiselle, vous vous appelez Anne Mondor ; vous demeurez à Paris depuis trois ans, à l’hôtel de Bourbon, rue de la Madeleine, où vous avez vécu bien malheureuse par ma dureté : vous en êtes partie depuis trois jours, à pied et sans argent.

LA DEMOISELLE, en soupirant.

Oh ! mes malheurs ont été si longs et si multipliés, qu’ils peuvent bien être connus par d’autres que par mes parents. Non, Monsieur, vous n’êtes pas de ma famille ; vous devenez tout d’un coup trop compatissant.

MONDOR.

Ma pauvre cousine, tu es la fille de Christophe Mondor, de Quimperlé, le septième frère de mon père, Antoine Mondor ; nous descendons d’un Mondor, sénéchal de Vitré sous Charles IX ; je m’appelle Pierre Mondor, le temps et les affaires m’ont vieilli : me connais-tu, à présent ?

LA DEMOISELLE.

Hélas ! oui, Monseigneur, vous êtes mon cousin. (Elle se trouve mal.)