Oh ! je veux employer le reste de ma vie à faire du bien. J’interdirai d’abord dans mes terres les jeux féroces de nos paysans : ils s’accoutument à être cruels envers les hommes par leurs cruautés envers les animaux. Je placerai un autre maître d’école dans le village : je veux y changer entièrement l’éducation des enfants. En vérité, on ne rend les hommes bons qu’en rendant les enfants heureux. Je placerai à la tête de cette école monsieur Gauthier, vicaire du village voisin. C’est un homme simple, plein de religion, et doux envers les enfants comme Jésus-Christ.

LA MÈRE, à son mari.

Qu’est-ce que c’est que ce monsieur Gauthier, mon ami !

LE PÈRE.

C’est un abbé qui ressemble, au premier coup d’œil, à un prêtre italien ; il est de petite taille et assez replet ; il porte des cheveux noirs fort courts et sans poudre ; sa soutane est rapetassée en plus d’un endroit. Il lui est souvent arrivé de retourner chez lui, le soir, sans le linge dont il s’était vêtu le matin. Il est toujours courant à pied de hameaux en hameaux ; il cache sous un extérieur fort simple beaucoup de connaissance des hommes. Sa charité inquiète le promène dans les lieux les plus écartés. Quand je m’établis ici, il y vint d’abord : il m’offrit, sans me connaître, tous les services qui dépendaient de lui. Je lui fis part de mes plans et de mes moyens ; il m’écouta avec beaucoup d’attention, ensuite il prit congé de moi et me dit en me serrant la main : « Si je n’étais pas prêtre, je voudrais vivre comme vous ; mais je me dois aux autres. »

LA MÈRE.

Je voudrais bien le connaître.

LE PÈRE.

On ne le voit jamais que chez les malheureux. Si le feu prenait à notre maison, vous le verriez bientôt accourir pour aider à l’éteindre.

MONDOR.