Le bon traitement qu'ils éprouvent influe sur leur caractère. On est étonné de leur trouver le zèle et l'activité de nos domestiques. Ce sont cependant ces mêmes insulaires de Madagascar, qui sont si indifférens pour leurs maîtres dans nos colonies.
Les Hollandais tirent encore des esclaves de Batavia. Ce sont des Malais, nation très-nombreuse de l'Asie, mais peu connue en Europe. Elle a une langue et des usages qui lui sont particuliers. Ils sont plus laids que les nègres, dont ils ont les traits. Leur taille est plus petite, leur peau est d'un noir cendré, leurs cheveux sont longs, mais peu fournis. Ces Malais ont les passions très-violentes.
Les Hottentots sont les naturels du pays ; ils sont libres. Ils ne sont point voleurs, ne vendent point leurs enfans, et ne se réduisent point entre eux à l'esclavage. Chez eux l'adultère est puni de mort : on lapide le coupable. Quelques-uns se louent comme domestiques pour une piastre par an, et servent les habitans avec tant d'affection, qu'ils exposent souvent leur vie pour eux. Ils ont pour arme la demi-lance ou zagaie.
L'administration du Cap ménage beaucoup les Hottentots. Lorsqu'ils portent des plaintes contre quelque Européen, ils sont favorablement écoutés, la présomption devant être en faveur de la nation qui a le moins de désirs et de besoins.
J'en ai vu plusieurs venir à la ville, en conduisant des chariots attelés quelquefois de huit paires de bœufs. Ils ont des fouets d'une longueur prodigieuse, qu'ils manient à deux mains. Le cocher, de dessus son siége, en frappe avec une égale adresse la tête ou la queue de son attelage.
Les Hottentots sont des peuples pasteurs ; ils vivent égaux, mais dans chaque village ils choisissent, entre eux, deux hommes auxquels ils donnent le titre de capitaine et de caporal, pour régler les affaires de commerce avec la Compagnie. Ils vendent leurs troupeaux à très-bon marché. Ils donnent trois ou quatre moutons pour un morceau de tabac. Quoiqu'ils aient beaucoup de bestiaux, ils attendent souvent qu'ils meurent pour les manger.
Ceux que j'ai vus avaient une peau de mouton sur leurs épaules, un bonnet et une ceinture de la même étoffe. Il me firent voir comment ils se couchaient. Ils s'étendaient nus sur la terre, et leur manteau leur servait de couverture.
Ils ne sont pas si noirs que les nègres. Ils ont cependant comme eux le nez aplati, la bouche grande et les lèvres épaisses. Leurs cheveux sont plus courts et plus frisés ; ils ressemblent à une ratine. J'ai observé que leur langage est très-singulier, en ce que chaque mot qu'ils prononcent est précédé d'un claquement de langue, ce qui leur a, sans doute, fait donner le nom de Chocchoquas, qu'ils portent sur d'anciennes cartes de M. de Lisle. On croirait en effet qu'ils disent toujours chocchoq.
Quant au tablier des femmes hottentotes, c'est une fable dont tout le monde m'a attesté la fausseté ; elle est tirée du voyageur Kolben, qui en est rempli.
Une observation plus sûre est celle de Pline, qui remarque que les animaux sont plus imbécilles à proportion que leur sang est plus gras. Les plus forts animaux ont, dit-il, le sang plus épais, et les sages l'ont plus subtil. J'ai remarqué en effet sur des noirs blessés que leur sang se caillait très-promptement. J'attribuerais volontiers à cette cause la supériorité des blancs sur les noirs.