LETTRE XXII.
QUALITÉ DE L'AIR ET DU SOL DU CAP DE BONNE-ESPÉRANCE ; PLANTES, INSECTES ET ANIMAUX.
L'air du cap de Bonne-Espérance est très-sain. Il est rafraîchi par les vents du sud-est, qui y sont si froids, même au milieu de l'été, qu'on y porte en tout temps des habits de drap. Sa latitude est cependant par le 33e degré sud. Mais je suis persuadé que le pôle austral est plus froid que le septentrional.
Il règne peu de maladies au Cap. Le scorbut s'y guérit très-vite, quoiqu'il n'y ait pas de tortues de mer. En revanche, la petite-vérole y fait des ravages affreux. Beaucoup d'habitans en sont profondément marqués. On prétend qu'elle y fut apportée par un vaisseau danois. La plupart des Hottentots qui en furent atteints, en moururent. Depuis ce temps, il sont réduits à un très-petit nombre, et ils viennent rarement à la ville.
Le sol du Cap est un gravier sablonneux, mêlé d'une terre blanche. J'ignore s'il renferme des minéraux précieux. Les Hollandais tiraient autrefois de l'or de Lagoa, sur le canal de Mozambique. Ils y avaient même un établissement, mais ils l'ont abandonné à cause du mauvais air.
J'ai vu chez le major de la place une terre sulfureuse où se trouvent des morceaux de bois réduits en charbon, une véritable pierre à plâtre, des cubes noirs de toutes les grandeurs, amalgamés sans avoir perdu leur forme ; on croit que c'est une mine de fer.
Je n'y ai vu aucun arbre du pays que l'arbre d'or et l'arbre d'argent, dont le bois est à peine bon à brûler. Le premier ne diffère du second que par la couleur de sa feuille qui est jaune. Il y a, dit-on, des forêts dans l'intérieur, mais ici, la terre est couverte d'un nombre infini d'arbrisseaux et de plantes à fleurs. Ceci confirme l'opinion où je suis qu'elles ne réussissent bien que dans les pays tempérés, leur calice étant formé pour rassembler une chaleur modérée[1]. Dans le nombre des plantes qui m'ont paru les plus remarquables, indépendamment de celles que j'ai décrites précédemment, sont : une fleur rouge, qui ressemble à un papillon, avec un panache, des pattes, quatre ailes et une queue ; une espèce d'hyacinthe à longue tige dont toutes les fleurs sont adossées au sommet comme les fleurons de l'impériale ; une autre fleur bulbeuse, croissant dans les marais : elle est semblable à une grosse tulipe rouge, au centre de laquelle est une multitude de petites fleurs.
[1] Voyez les [Entretiens sur la végétation].
Un arbrisseau, dont la fleur ressemble à un gros artichaut couleur de chair. Un autre arbrisseau commun, dont on fait de très-belles haies : ses feuilles sont opposées sur une côte ; il se charge de grappes de fleurs papilionacées couleur de rose ; il leur succède des graines légumineuses. J'en ai apporté pour les planter en France[2].
[2] A mon arrivée j'en ai remis des plantes au Jardin du Roi, où elles végétaient très bien dans l'été de 1773 ; elles avaient passé dans la serre l'hiver précédent.
J'ai vu dans les insectes une belle sauterelle rouge, marbrée de noir ; des papillons fort beaux et un insecte fort singulier : c'est un petit scarabée brun, il court assez vite ; quand on veut le saisir, il lâche avec bruit un vent, suivi d'une petite fumée ; si le doigt en est atteint cette vapeur le marque d'une tache brune, qui dure quelques jours. Il répète plusieurs fois de suite son artillerie. On l'appelle le canonnier.