Les colibris n'y sont pas rares. J'en ai vu un gros comme une noix, d'un vert changeant sur le ventre. Il avait un collier de plumes rouges, brillantes comme des rubis sur l'estomac, et des ailes brunes comme un moineau : c'était comme un surtout sur son beau plumage. Son bec était noir, assez long, et propre par sa courbure, à chercher le miel dans le sein des fleurs ; il en tirait une langue fort menue et fort longue. Il vécut plusieurs jours. Je lui vis manger des mouches et boire de l'eau sucrée. Mais comme il s'avisa de se baigner dans la coupe qui renfermait cette eau, ses plumes se collèrent, et attirèrent les fourmis, qui le mangèrent pendant la nuit.

J'y ai vu des oiseaux couleur de feu, avec le ventre et la tête comme du velours noir : l'hiver ils deviennent tout bruns. Il y en a qui changent de couleur trois fois l'an. Il y a aussi un oiseau de paradis, mais je ne l'ai pas trouvé si beau que celui de l'Asie. Je n'ai pas vu cette espèce vivante. L'ami du jardinier, et une espèce de tarin se trouvent fréquemment dans les jardins ; l'ami du jardinier mériterait bien d'être transporté en Europe, où il rendrait de grands services à nos végétaux. Je l'ai vu s'occuper constamment à prendre des chenilles et à les accrocher aux épines des buissons.

Il y a des aigles, et un oiseau qui y ressemble beaucoup. On l'appelle le secrétaire, parce qu'il a autour du cou une fraise de longues plumes propres à écrire ; il a cela de singulier, qu'il ne peut se tenir debout sur ses jambes, qui sont longues et couvertes d'écailles. Il ne vit que de serpens. La longueur de ses pattes cuirassées le rend très-propre à les saisir, et cette fraise de plumes lui met le cou et la tête à l'abri de leurs morsures. Cet oiseau mériterait bien aussi d'être naturalisé chez nous. L'autruche y est très-commune : on m'en a offert des jeunes pour un écu. J'ai mangé de leurs œufs, qui sont moins bons que ceux des poules. J'y ai vu aussi le casoar, couvert de poils au lieu de plumes ; ces poils sont des plumes très-fines qui sortent deux à deux du même tuyau. Il y a une quantité prodigieuse d'oiseaux marins, dont j'ignore les noms et les mœurs. Le pingoin pond des œufs fort estimés ; mais je n'y ai rien trouvé de merveilleux. Ils ont cela de singulier que le blanc, étant cuit, reste toujours transparent.

La mer abonde en poisson, qui m'a paru supérieur à celui des îles, mais inférieur à celui d'Europe. On trouve sur ses rivages quelques coquilles, des nautiles papyracés, des têtes-de-Méduse, des lépas, et de fort beaux lithophytes, que l'on arrange sur des papiers, où ils représentent de fort jolis arbres, bruns, aurore et pourprés. On les vend aux voyageurs. J'y ai vu un poisson de la grandeur et de la forme d'une lame de couteau flamand. Il était argenté, et marqué naturellement de chaque côté de l'impression de deux doigts. Il y a des veaux marins, des baleines, des vaches marines, des morues, et une grande variété d'espèces de poissons ordinaires, mais dont je ne vous parlerai point, faute d'observations et de connaissances suffisantes dans l'ichthyologie.

Il y a une espèce fort commune de petites tortues de montagne à écaille jaune marquetée de noir ; on n'en fait aucune sorte d'usage. Il y a des porcs-épics, et des marmottes d'une forme différente des nôtres ; une grande variété de cerfs et de chevreuils, des ânes sauvages, des zèbres, etc. Un ingénieur anglais y a tué, il y a quelques années, une girafe ou caméléopard, animal de seize pieds de hauteur, qui broute les feuilles des arbres.

Le bavian est un gros singe fait comme un ours. Le singe paraît se lier dans la nature avec toutes les classes animales. Je me souviens d'avoir vu un sapajou qui avait la tête et la crinière d'un lion. Celui de Madagascar, appelé maki, ressemble à une levrette ; l'orang-outang à un homme.

Tous les jours on y découvre des animaux d'une espèce inconnue en Europe ; il semble qu'ils se soient réfugiés dans les parties du globe les moins fréquentées par l'homme, dont le voisinage leur est toujours funeste. On en peut dire autant des plantes, dont les espèces sont d'autant plus variées, que le pays est moins cultivé. M. de Tolback m'a conté qu'il avait envoyé en Suède, à M. Linnæus, quelques plantes du Cap, si différentes des plantes connues, que ce fameux naturaliste lui écrivit : « Vous m'avez fait le plus grand plaisir ; mais vous avez dérangé tout mon système ».

Il y a de bons chevaux au Cap, et de fort beaux ânes. Les bœufs y ont une grosse loupe sur le cou, formée de graisse entrelacée de petits vaisseaux. Au premier coup-d'œil, cette excroissance paraît une monstruosité ; mais on voit bientôt que c'est un réservoir de substance que la nature a donné à cet animal, destiné, en Afrique, à vivre dans des pâturages brûlés. Dans la saison sèche, il maigrit, et sa loupe diminue ; elle se remplit de nouveaux sucs lorsqu'il paît des herbes fraîches. D'autres animaux qui paissent sous le même climat, ont aussi les mêmes avantages : le chameau a une bosse, et le dromadaire en a deux en forme de selle ; le mouton a une grosse queue faite en capuchons, qui n'est qu'une masse de suif de plusieurs livres.

On a dressé ici les bœufs à courir presque aussi vite que les chevaux avec les charrettes auxquelles ils sont attelés.

Le mouton et le bœuf sont si communs, qu'on en jette, aux boucheries, la tête et les pieds ; ce qui attire, la nuit, les loups jusque dans la ville ; souvent je les entends hurler aux environs. Pline observe que les lions d'Europe, qui se trouvent en Romanie, sont plus adroits et plus forts que ceux d'Afrique ; et les loups d'Afrique et d'Égypte dit-il petits et de peu d'exécution. En effet, les loups du Cap sont bien moins dangereux que les nôtres. Je pourrais ajouter à cette observation, que cette supériorité s'étend aux hommes mêmes de notre continent : nous avons plus d'esprit et de courage que les Asiatiques et les Nègres. Mais il me semble que ce serait une louange plus digne de nous, de les surpasser en justice, en bonté, et en qualités sociales.