L'autre. Voilà bien à propos! Vous n'y êtes pas, & n'aurez meshui fait. C'est la femme, d'autant qu'il y a toujours à besogner, & sur-tout à celle d'un cocu.
Mela. Que diable, vous en voulez bien à ces pauvres cocus! Je pense que vous le soyez, ou l'ayez été, ou ayez envie de l'être, comme un beau financier qui n'a pas payé son état. Et là-dessus, monsieur le beau diseur, je vous demande, qu'est ce qu'un cocu? C'est, dit Vigenaire, un oiseau qui pond au nid d'un autre.
Geber. C'est bien chié en trois lieux. Il faut, à ce que je vois, que je vous leve le voile qui empêche votre cœur de comprendre les sciences; & je vous dirai des choses notables. Ce fut par la déclaration de ce secret, que l'empereur des Turcs me fit si grand, quand je reniai le christianisme, où je retournai pourtant, à cause que l'on m'apprit la vérité de la pierre: & pour le sujet proposé, il n'y a personne qui vous en parle plus sainement que moi, & sans passion, d'autant que j'ai été cocu. Dieu merci, je me porte bien: qu'ainsi soit-il de vous. Et de cela je m'en trouvois bien, sans m'en fâcher, d'autant que j'en étois fort aise, parce que j'étois toujours le maître: on me craignoit, révéroit & honoroit. Et qu'avons-nous davantage en ce monde pour l'accomplissement de nos desirs ambitieux? Or, sachez tous en gros & en détail, que le cocu est un animal capable de douceur, humble & pacifique, craint, redouté & honoré de sa femme, & des amis d'icelle, desquels il est considéré comme maître du gibier; & ne se faut pas amuser au nom de cet oiseau, mais d'un autre plus meilleur. Il n'y a guere d'animaux entiers mâles qui aient plus de faveur que le coq (entier est le contraire de châtré) puisque je vois que vous le voulez savoir; le coq a plusieurs femmes qu'il fournit & appointe, tant il est délibéré & bon; mais sitôt qu'il est usé, les poules le chassent & le battent, & n'en veulent plus, & ainsi le destinent à châtrerie, & en admettent d'autres vigoureux & bons. Ces femmes qui couvent & font des cocus, sont de même naturel que les poules. Qu'ainsi ne soit, une femme prête à faire l'enfant, crie comme une poule qui veut pondre: je voudrois être morte. Etant délivrée, elle chante comme celle qui a pondu; il n'est que l'être; cependant que le coq chante: qu'un con est cru! & s'en rit, disant: je le fais quand je veux. Ainsi sont nos femmes en leurs actions & desirs, tellement que, leurs maris étant usés, ou les estimant tels, ou les voulant ménager de peur de les user, vont à d'autres: en quoi je vous admoneste de la différence du péché mortel & du véniel. Le péché mortel est, si vous allez voir la femme d'autrui chez lui, & qu'il vous tue; sans faute la mort sera toute notoire. Faites venir la dame chez vous; le péché sera véniel. Les dames faisant ainsi le petit divorce vertueux, il ne se peut faire que les sages amies ne le sachent; parquoi les avertissant de leur salut, elles leur disent: comment, pauvre femme, ma mie, votre mari est donc cocuusé? Et ce mot venant à être commun, & qu'aussi on coupe la queue à ces pauvres innocens, on dit simplement cocu: & certes, sans mahumétiser, je vous dirai que c'est bien avoir la queue coupée, que de la mettre en danger d'être prophanée dans un évier public ou commun. Or, le cocu est un oiseau qui, pour ce qu'il a deux pieds, chante mieux & plus distinctement que nul autre, ayant de la raison jusques au cul. Que si cela passoit outre, il ne seroit pas cornard.
Zabarel. Mais voyez cet alchimiste, comme il avale gros & mâche menu! Je ne sais s'il court comme il attrape. Corpo di gallina. J'ai fait tout ce que j'ai pu, pour savoir & entendre parfaitement la philosophie: mais je vois que jusques à cette heure, s'il dit vrai, je n'y ai rien entendu. Il n'est que monnoyeur pour se connoître en billon. Notre ami & bon maître Aristote ne fait aucune mention de tels oiseaux. Notez bien ce que je dirai à l'honneur des dames, contre celui de tantôt qui les appelloit bêtes, afin que l'on n'ait pas opinion que je fusse entaché du péché qui les fait hair. Je dis que ce fat étoit tant niais, tant veau de dîme, âne de plat pays, sot d'outre mesure, Badeau de Paris, & bestion de si grande conséquence, qu'il pensoit que ce mot animal, fut à dire bête. Il me fit souvenir de feue Conscience, belle courtisane, qui ne vouloit pas que ma petite chienne fût une créature, & ne lui plaisoit pas d'être animal. Hoi, disoit-elle; Bichonne n'est point créature, & je ne suis point animal. Or, maintenant j'ai reçu une grande lumiere d'entendoire; je suis illuminé comme un fallot qui tombe tout du long d'un degré, & je conçois qu'il y a des oiseaux de poing, des oiseaux de leurre, des oiseaux d'épaules, comme ces oiseaux de maçons, & des oiseaux de selle. Les deux premiers, je les laisse à messieurs de la volerie, autrucherie, fauconnerie, & autres qui savent appliquer le vent aux aîles. Je croyois qu'il y eût des autruchers qui portassent les autruches sur le doigt; & les derniers je les spéculerai: d'autant que je trouve, en les minoisant intelligiblement, une grande, creuse & profonde sapience, en tant qu'ils se font naturellement, & se procréent par imperceptible transpiration de substance, faisant une grande mutation sans changement, acquérant une forme sans altération. O admirable & épouvantable secret, entre tous les secrets! Ceux qui ainsi deviennent oiseaux, le sont parfaitement, sans qu'on les touche, sans qu'ils le sentent, & souvent sans qu'ils le voient ou sachent; de s'en douter, gare! Il est permis de se douter de tout: n'y a presque homme qui n'en ait quelque doute. Or, pour être cocu, il en faut être capable; & pour cet effet, il faut avoir une femme épousée; & ne faut pas seulement avoir égard à la mine ou encolure mystique qu'un homme en peut avoir, à cause de l'influence sous laquelle il est né, selon son idée naturelle & prédestinée: mais il faut considérer le vouloir & pouvoir des parties intervenantes en cette métamorphose, qui agit exactement autant de loin que de près. Il n'y a rien en tout de semblable; &, disent les alchemistes ce qu'ils voudront de leur poudre de projection, ou cendre à faire des nuances; cela n'est rien au prix, d'autant qu'il faut qu'il y ait de la présence, ce qui est le contraire en ceci. Celui qui aura fait le fou tout le long des jours gras, n'assagira pas le mercredi par la cendre, si elle ne lui est posée en propre personne présente. Et tel sera joyeusement cocu, quand il seroit à l'autre bout de la terre; & ce en un instant. Cette forme court plus vîte que l'éclair. On dit, selon le conte des bonnes femmes, que les tortues couvent leurs œufs avec les yeux: aussi font tous animaux, parce qu'ils ne les laissent pas, si de fortune ils ne les ont perdus, comme la borgne, à laquelle nous savonâmes tous les fauxbourgs du derriere, l'année passée. Et bien les œufs de tortues, auxquels elles ne touchent point, éclosent à la fin; & il se fait une mutation formelle, comme il convient ès transformations naturelles, si elles ne sont chimico-mentales. Ces changemens se voient en ce qui est commun; mais en ces oiseaux rien n'y paroît de changé, ni en la forme, ni ès accidens, ni en la naturelle, ni en l'espece intrinseque, ès formes qui se reçoivent sans mutation de substance; encore y a-t-il du mouvement au sujet de muance. Mais en cettui-ci, soit qu'il s'émeuve, ou ne s'émeuve point, & quelque absent qu'il soit, il est pénétré, transpercé, outrepercé, surpris, enduit, enveloppé, & tellement organisé en spécifique & disposée formation, que subitement, subtilement, tout d'un coup, voilà un homme cocu, comme il sera démontré tantôt.
Epître.
XIX. Nicole. J'ai ouï autrefois en notre ville de Paris, un prêcheur, (je ne dirai pas de quel ordre, de peur de scandale) qui se mettant à prêcher, fit une ample déclamation des péchés. Comment, disoit-il, encore celui qui jure, il relâche son cœur & demande pardon; celui qui vole, c'est pour s'accommoder, & ainsi des autres, comme dit notre rime.
Pere & mere honoreras,
Afin d'avoir bien de l'argent.
L'œuvre de chair n'accompliras,
Qu'avec les belles seulement,