Epicure. Sec, j'y venons; tu nous apportes ici de terribles caupeaux de vieilles vérités. Je t'y attendois; n'es-tu pas gentil & de belle industrie? N'est-ce pas toi qui es un de ceux qui nâquirent dessous s'entrelevant par les épaules, & qui avois vécu soixante & sept ans? Toi, tu te mis à étudier; mais ton frere étoit tonnelier.

Coster. C'est là où il falloit prendre de quoi faire d'un diable deux, en les séparant, & coupant ce qui les joignoit par les épaules; & non de faire, d'une prébende licentiale, deux demies prébendes, pour d'un âne & cheval de bagage licentié faire deux chantres, que ce veau de licentié nomme diables, parce qu'il lui est avis que les anges du ciel qui ne quadrent à la mauvaise opinion de sa fressure, sont diables. Ainsi chaque levre a son goût.

Démonstration.

XXVIII. Euclides. Or bien il faut passer devant un chieur, & derriere un rueur. Vous ruez bien; vous êtes de même que la femme du sieur Chaillou, qui avoit force noix, l'année que ses noyers d'entre Tours & Loches furent abattus. Les noix étoient chéres; il y en avoit à la maison encore deux setiers à vendre; il vint un bon compagnon qui parla à madame, (laquelle étoit de ces bonnes ménageres, qui, pour épargner les poches, mettent & serrent le bran en leurs chemises) & marchande ses noix, fit marché avec elle, & lui bailla un quart d'écu d'arrhes, à la charge qu'il emporteroit sur sa bête un setier de noix. Et bien, madame, lui disoit-il, ne vous fiez-vous pas bien en moi d'un setier de noix, puisque je me fie en vous de l'autre? Oui dà, mon ami, dit-elle; mais comment avez-vous nom? Je me nomme Jean Tenon. Or bien, allez donc; & quand il vous plaira vous aurez le reste. Adieu, madame. Adieu, mon ami. Quand Chaillou fut venu, elle lui fit le conte de son bon ménage, & aussi disoit-elle qu'elle s'étonnoit que ce marchand tardoit si long-tems. A la fin, le mari lui demanda comment il avoit nom. Non, mon ami, dit-elle, c'est un honnête homme à le voir, je ne me puis pas bien souvenir de son nom. Chaillou, tout fâché & dépit de la sotise de sa femme, va dire: ha! je vois bien ce que c'est. J'en tenons, id est nous en tenons; c'est-à-dire, nous sommes pris. Elle, qui ouit ce mot, Jean Tenon, oui, oui, oui, mon ami, dit-elle, il est vrai; c'est lui; il m'a dit qu'il avoit ainsi nom.

Merlin. Elle fut un peu plus fine que la femme de Garence, qui, un jour, avoit affaire de cendres, & voyant force pastel qu'elle croyoit qu'on avoit jetté avec du bresil, mit tout au feu, & en fit des cendres. Il y avoit pour plus de cinq cents livres de marchandises, dont elle fit pour dix-neuf sols six deniers deux oboles de cendres. Voilà pas une bonne alquemiste?

Melvin. Ce fut elle, que son mari mena à Maillé voir un de ses cousins; ce mari parlant à son cousin, ce cousin lui demanda des nouvelles de sa femme, disant: & comment se porte ma cousine? Voire, dit-il, & la voici. O! dit l'autre, excusez-moi; vous avez donc amené une bête. Çà, çà, ouvrez l'étable; ho! garçon; & puis, allons boire. Il vouloit dire qu'il avoit amené une bête chevaline, pour porter la bête humaine.

Alf. de Castro. Quand j'étois marchand, je menois une bête; mais c'étoit un ours. A cela, vous pouvez juger que je ne suis ni Normand, ni Manceau, ni Rousseau, parce que l'on ne voit gueres de telles gens du pays de sapience mener l'ours.

Illiric. Voire; mais tu ne menois pas l'ours, quand nous eûmes si grand peur en la Franche-Comté, où l'on nous fit manger de la chair de l'ours salée.

Alf. de Castro. Il faut que je confesse que je ne fus jamais si épouvanté; je cuidois que les diables dussent débattre sur quelque sorbonique, ou que le parlement prédestiné des ministres & jésuites fût arrivé. Il avoit neigé; & c'étoit environ la saint Jean.

Néron. Tu débutes bien; la saint Jean!