«Qu'on n'aille pas s'imaginer que l'enseignement des sciences médicales y soit gratuit. Les étudiants sont astreints à de grandes dépenses. Le professeur qui a écrit sur l'une des matières qu'il enseigne un livre spécial est obligé de l'enseigner en quarante leçons; mais on n'est admis à assister à ses leçons qu'après avoir versé à la caisse de l'École deux livres hongroises. Ce tarif est publié par les Gazettes. Le professeur ajoute à ce revenu le casuel des visites, soit un louis d'or, qu'il touche toutes les fois qu'il se rend au chevet d'un malade opulent.
«Ces hommes n'aiment point à s'expatrier et aucune promesse ne pourrait les décider à quitter leurs fonctions pour se rendre à l'étranger. Ceux qui s'expatrient ne savent pas grand'chose[25].»
[25] Les médecins, en Turquie, se partageaient en deux classes. Il y avait le Hekim qui puisait sa science dans les livres arabes et qui divisait les maladies en chaudes et froides. Quant au traitement, il administrait des remèdes échauffant ou rafraîchissant.
La seconde catégorie comprenait le chirurgien ou Djerrah qui joignait ce métier à celui de barbier. Ils pansaient les plaies, traitaient les fractures, pratiquaient les circoncisions, les saignées printanières, appliquaient les ventouses, arrachaient les dents, ouvraient les abcès. Sans instruction aucune, ils n'avaient pour les guider dans toutes ces délicates opérations que l'expérience acquise dans la pratique journalière.
Leurs bâtards.
«On voit un autre établissement uniquement réservé aux enfants ramassés de droite et de gauche. On les compte par milliers, tant garçons que fillettes. On peut dire de ces enfants qu'ils appartiennent à l'État auquel ils doivent la vie, car sans lui personne ne s'en soucierait: ils mourraient de privation dans les rues où ils sont abandonnés dès leur naissance. Aussi une fois grandis ils prennent service dans les armées de Napoléon et ne connaissent plus d'autre métier que celui de soldat.
«Voilà pour les garçons.
«Quant aux fillettes, elles entrent en condition chez les particuliers, puis on les marie. On les emploie également à jouer la comédie dans les opéras de Paris.
«Lorsque les parents veulent retirer un de ces enfants de l'établissement, ils sont tenus d'indemniser l'administration de tous les frais qu'elle a faits pour l'élever.»