«Pendant mon séjour à Paris, on construisit une machine de bronze pour l'impression des livres turcs et arabes. En apparence, elle réalisait un progrès, mais à l'épreuve, les résultats qu'elle donna furent médiocres. Comme j'exprimais mon opinion au directeur, à ce sujet, il me répondit qu'il s'était aperçu lui-même de ses imperfections, mais qu'il pensait l'utiliser encore quelque temps avant de la refondre.

«Comme j'allais me retirer, il me présente une feuille sortant tout humide de la presse où je lis qu'elle a été tirée «en souvenir de la visite que Mouhib effendi, envoyé extraordinaire de la Sublime Porte, a faite à l'imprimerie nationale».

«J'ai eu plus d'une fois l'occasion d'observer que les ouvrages imprimés avec des caractères en plomb manquent de netteté. C'est le cas de l'ouvrage Amentu Birguivi Cherhi dont mon père est l'auteur. Au cours du tirage j'essayai d'y remédier en soumettant le papier à un fort polissage, mais je ne tardai pas à m'apercevoir de l'inutilité de mes efforts. Pour obtenir un résultat appréciable il aurait fallu le rouler un millier de fois, et dans ce but j'avais fait fabriquer un rouleau spécial. Or, je ne pus dépasser la centaine. A Paris, je m'informai s'il n'existait pas un procédé qui me faciliterait la besogne. On me montra un cylindre que j'expédiai à Stamboul et dont nos imprimeurs ont eu à se louer.»

Du commerce et de l'institution appelée poste.

«Les nazaréens sont des calculateurs habiles et leurs gouvernements s'ingénient à qui mieux mieux pour donner au commerce de leur pays le plus grand développement. Ils s'avisent, pour s'enrichir, d'expédients les uns plus surprenants que les autres… Ils utilisent dans ce but le cours des fleuves, les ruisseaux, le vent, la force naturelle de tous les éléments. Où il y a de l'eau, ils construisent un moulin hydraulique; où l'eau fait défaut, ils élèvent un moulin à vent…

«… Ce système (commercial) est complété par cette étonnante administration des postes dont je tenterai d'expliquer les procédés dans la mesure où j'ai pu les comprendre…

«Ce service (des postes) mérite également l'attention par la sévérité qui préside à son fonctionnement. Si quelqu'un se présentait, par exemple, au nom du gouvernement pour réquisitionner des chevaux affectés au service, il serait honteusement chassé. Je ne parle pas seulement du simple fonctionnaire, mais l'Empereur lui-même ne serait pas mieux reçu et il ne pourrait en tous cas disposer des chevaux sans payer.

«Voici un fait dont j'ai été témoin: Un jour on signala à la frontière l'arrivée de l'ambassadeur de Perse. Les autorités envoyèrent aussitôt à sa rencontre un Mihmandar[28], mais elles eurent soin, en même temps, de lui donner l'argent nécessaire pour défrayer l'hôte jusqu'à Paris, si bien que celui-ci n'eut pas à débourser un para tout le long de son voyage. Cependant chacun sait que les pays infidèles sont chiches de leur argent.

[28] Fonctionnaire que la S. Porte attache à un étranger de distinction voyageant en Turquie.

«Les localités traversées par un haut fonctionnaire de l'État ou par un général qui va prendre un commandement ne sont nullement obligées de contribuer à leurs frais de déplacement. Dans ces pays, chacun, petit ou grand, voyage suivant ses moyens propres. Les mœurs y sont telles que si un fonctionnaire se permettait d'user de son autorité pour réquisitionner le matériel des postes, les particuliers ne manqueraient pas de se prévaloir de son exemple. Telle est la raison pour laquelle les courriers de l'État disposent d'un matériel indépendant. Ils ne sont autorisés qu'à louer moyennant finance, aux relais, les chevaux dont ils ont besoin.