«Je poursuivis:—C'est le gouverneur d'Alexandrie, Ibrahim pacha qui a été désigné pour étudier cette affaire et l'on peut croire qu'il y a apporté une solution. J'en ai le pressentiment.

«—Pensez-vous, me demande alors Napoléon, qu'Ali pacha Tepelen ait des sympathies russes.

«—J'ignore s'il aime les Russes ou non; mais je peux vous affirmer qu'il ne trahira jamais les intérêts de l'État… Maintenant, en ce qui concerne l'Égypte, voici la situation: A Alexandrie et aux environs de cette place notre padischah a envoyé des vizirs puissants et dévoués qui disposent de fortes armées, de 50 à 60.000 hommes et qui marcheraient sur un signe de la S. Porte. Je ne compte point les levées qu'ils peuvent faire sur le territoire même en cas d'urgence.

«Sur ces derniers mots, il me demanda si j'avais reçu son billet d'invitation.

«J'ai répondu affirmativement, mais que ne sachant pas moi-même le français et n'ayant trouvé à Paris personne qui comprenne bien le turc, même ceux qui font profession de l'enseigner, j'avais eu beaucoup de peine à le faire déchiffrer.

«—En effet, dit Napoléon, c'est chose difficile.

«Après avoir prononcé ces mots, il me fit comprendre par son attitude qu'il avait à me demander si j'avais quelque chose à lui remettre ou à lui dire.

«Ce que voyant je pris la parole:

«Après l'avoir remercié de l'accueil que je venais de recevoir je lui dis que l'État sublime serait sensible aux assurances d'amitié qu'il venait de me donner publiquement.

«—Oui, repris-je, je suis chargé de vous remettre un message confidentiel. Dois-je le faire tout de suite ou bien plus tard?