«—Remettez-le-moi tout de suite, fit-il.

«Alors je tirai d'une poche le texte turc et je le lui remis après l'avoir porté à mes lèvres. Le prenant des deux mains, il me demanda si j'en avais une traduction. Je tirai alors d'une autre poche la traduction française qu'il lut séance tenante d'un bout à l'autre.

«—J'avais bien deviné, me dit-il, que vous étiez chargé d'une mission secrète. Écrivez au Sultan pour lui dire qu'après Austerlitz il n'a plus rien à craindre des Russes et que je ne perdrai en aucune circonstance ses intérêts de vue. Qu'il ne songe qu'à résoudre les problèmes intérieurs, moi, je me charge du reste. Je vous annonce qu'un délégué du Tzar sera ici dans six jours pour négocier la paix. Soyez persuadé que je ne vous oublierai point dans les pourparlers qui vont s'engager.

«Sur ce propos, je lui fis observer que l'entente devait rester secrète, ainsi que les mesures que nos deux pays croiraient devoir prendre en commun.

«—C'est entendu, me répondit-il, tout cela restera secret. D'ailleurs, l'ambassadeur que je viens de nommer à Constantinople a reçu l'ordre d'agir secrètement.

«Je lui dis alors que j'étais autorisé à lui donner l'assurance que l'alliance qui lie encore la S. Porte à l'Angleterre, à l'Autriche, à la Russie et à la Prusse à la suite de l'affaire en question serait dissoute bientôt, mais avec tous les ménagements nécessaires afin de ne rien brusquer. Que le seul point qui nous inquiète, c'est que la France n'a plus de flotte dans la Méditerranée, mais que ce détail n'était pas fait pour nous arrêter.

«—En effet, m'a répondu Bonaparte: nous n'avons plus de flotte.

«—Néanmoins tout ira bien, lui dis-je; car la maison d'Osman n'a cessé depuis ses origines d'être l'objet de la protection du Dieu tout-puissant.

«Permettez-moi de vous dire combien la mission que je remplis auprès de vous me comble de joie et de fierté.

«—Je partage vos sentiments, m'a-t-il répondu, et je suis heureux que le choix de votre padischah se soit porté sur vous.