[295] Gen., I, 2.

VI
Comment l’esprit de Dieu était porté au-dessus des eaux.

Mais, ô lumière de vérité, je place près de vous ce cœur qui ne m’enseignerait que vanités ; dissipez ses ténèbres, et dites-moi, je vous en conjure par votre charité, notre mère ; dites-moi, je vous en supplie, pourquoi n’est-ce qu’après avoir nommé le ciel et la terre, invisible et sans forme, et les ténèbres répandues sur l’abîme, que votre Écriture nomme l’Esprit-Saint ? Était-il donc nécessaire, pour nous en suggérer la connaissance, de le représenter comme « porté au-dessus », en désignant d’abord au-dessus de quoi ? Ce n’était ni au-dessus du Père, ni au-dessus du Fils, ni sans doute au-dessus de rien. Il fallait donc indiquer d’abord au-dessus de quoi il était porté, lui dont il était impossible de parler, sans le dire « porté ». Mais pourquoi ?

VII
Effets du saint-esprit.

Et maintenant, suive qui pourra de l’esprit le vol de l’apôtre dans cette parole sublime : « La charité se répand dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous est donné[296] », soit qu’il nous enseigne les voies spirituelles et les voies suréminentes de l’amour, soit qu’il fléchisse le genou devant vous, pour nous obtenir la grâce d’être initiés « à la science suréminente de la charité du Christ[297] ». Et voilà pourquoi, suréminent dès le principe, il paraissait au-dessus des eaux.

[296] Rom., V, 5.

[297] Ephes., III, 14, 19.

Mais à qui parler ? mais comment parler de ce poids de concupiscence qui gravite vers l’abîme, et de l’attraction sublime de la charité par la vertu de votre Esprit, qui « planait sur les eaux » ? Quel sera mon auditeur ? quelle sera ma parole ? On plonge, on surnage ; et il n’y a là ni fond, ni rive. Quelle similitude plus dissemblable ? Ce sont nos affections, ce sont nos amours, c’est l’impureté de notre esprit que précipite le poids de la terre ; et c’est la sainteté de votre Esprit qui nous soulève vers le ciel, par l’amour de la paix éternelle, afin que nos cœurs s’élèvent en haut jusqu’à vous, où réside l’Esprit qui plane sur les eaux, et que notre âme, après la traversée de ces eaux mobiles de la vie, aborde à la suréminence du repos.

VIII
L’union avec Dieu, unique félicité des êtres intelligents.

L’esprit de l’ange, l’âme de l’homme se sont dissipés dans leur chute comme l’eau qui s’écoule, et ils ont signalé l’abîme ténébreux où serait ensevelie toute créature spirituelle, si vous n’eussiez dit au commencement : Que la lumière soit ! ralliant à vous l’obéissance des esprits habitants de la cité céleste, pour assurer leur paix au sein de votre Esprit qui demeure immuable au-dessus de tout ce qui change. Autrement, ce ciel du ciel ne serait, par lui-même, qu’abîme et ténèbres ; « et maintenant il est lumière dans le Seigneur[298] ». Et, en vérité, cette inquiétude malheureuse des intelligences déchues de votre lumière, leur splendide vêtement, et réduites aux haillons de leurs ténèbres, parle assez haut ; témoin éloquent de l’excellence où vous avez élevé cette créature raisonnable, qui ne saurait se suffire ; car il ne lui faut rien moins que vous-même pour qu’elle ait sa béatitude et son repos. « Vous êtes, ô mon Dieu, la lumière de nos ténèbres, notre robe de gloire ; et notre nuit rayonne comme le jour à son midi[299] ».