[298] Ephes., V, 8.

[299] Ps. CXXXVIII, 12.

Oh ! donnez-vous à moi, mon Dieu ! rendez-vous à moi ! Je vous aime ; et si mon amour est encore trop faible, rendez-le plus fort. Je ne saurais mesurer ce qu’il manque à mon amour ; et combien il est au-dessous du degré qu’il doit atteindre, pour que ma vie se précipite dans vos embrassements, et ne s’en détache point qu’elle n’ait disparu tout entière dans les plus secrètes clartés de votre visage. Tout ce que je sais, c’est que partout ailleurs qu’en vous, hors de moi, comme en moi, je ne trouve que malaise, et toute richesse qui n’est pas mon Dieu n’est pour moi qu’indigence.

IX
Pourquoi il est dit, seulement du Saint-Esprit, qu’il était porté sur les eaux.

Mais le Père, mais le Fils, n’étaient-ils pas portés au-dessus des eaux ? Si l’on se fait une idée de corps et d’espace, ces paroles ne conviennent plus même au Saint-Esprit. Si l’on y voit l’immuable suréminence de la divinité qui demeure au-dessus de tout ce qui change, le Père, et le Fils, et le Saint-Esprit étaient ensemble portés sur les eaux. Pourquoi donc l’Écriture ne parle-t-elle que de votre Esprit ? pourquoi parle-t-elle de lui seul, comme s’il y avait un lieu là où le lieu n’est pas ? Est-ce parce qu’il est encore dit de lui seul qu’il est votre don ? Le don où nous jouissons du repos, où nous jouissons de vous-même : repos des âmes, lieu des esprits ?

C’est là où nous élève l’amour ; « et votre divin Esprit retire notre humilité des portes de la mort ; et notre paix est dans notre bonne volonté[300] ». Le corps tend à son lieu par son poids ; et ce poids ne tend pas seulement en bas, mais au lieu qui lui est propre. La pierre tombe ; le feu s’élance ; l’un et l’autre gravite suivant son poids, et suivant son centre. L’huile versée dans l’eau monte au-dessus de l’eau ; l’eau versée dans l’huile descend au-dessous de l’huile ; l’un et l’autre suit son poids, et cherche son centre. Hors de l’ordre, trouble ; dans l’ordre, repos. Mon poids, c’est mon amour ; où que je tende, c’est lui qui m’emporte. C’est votre don, c’est votre Esprit qui allume, qui volatilise notre cœur. Il nous embrase et nous enlève. Nous montons à l’échelle de l’âme, en chantant le cantique des degrés. C’est le feu de l’amour, c’est votre feu divin qui nous consume et nous ravit au centre de la paix, au sein de Jérusalem ; et je trouve ma joie dans cette heureuse promesse : « Nous irons à la maison du Seigneur[301] ». Et c’est la bonne volonté qui nous y fait une place ; et nous n’avons plus rien à vouloir, « que cette demeure éternelle[302] » ?

[300] Ps. IX, 15 ; Luc, II, 14.

[301] Ps. CXXI, 1.

[302] Ps. XXVI, 4.

X
Bonheur des pures intelligences.