[46] Philip., 2, 21.

[47] I Corinth., 13, 5.

[48] I Corinth., 10, 33.

[49] Phil., 1, 23.

« C’est pour cela, dira-t-on peut-être, que les ministres de Dieu, dans l’imminence de telles calamités, doivent fuir, afin de se conserver pour l’Église même, au retour des temps meilleurs. Quelques-uns, il est vrai, en usent ainsi, et avec raison, lorsque d’autres ministres sont là qui tiennent leur place, en sorte que le ministère n’est pas délaissé de tous : telle fut, nous l’avons dit, la conduite d’Athanase. Car, de quelle nécessité, de quel avantage était pour l’Église la vie temporelle de ce grand homme ? La foi le sait, elle qu’il défendit contre les ariens hérétiques de son éloquence et de son amour. Mais quand le péril est commun, et qu’il est plus à craindre que la fuite des pasteurs soit attribuée moins au dessein de servir qu’à la crainte de mourir ; quand il y a plus de scandale dans l’exemple de leur fuite qu’il ne saurait y avoir d’utilité dans la conservation de leur vie, alors il n’y a plus à hésiter.

« Aussi, quand le saint roi David cessa de s’exposer aux hasards des combats, « de peur que le flambeau d’Israël ne vînt à s’éteindre[50] » il ne prit pas de lui-même cette résolution, il l’accorda aux prières de son peuple ; autrement son exemple eût autorisé bien des lâchetés s’il eût donné lieu de croire qu’il avait cédé, non pas à la considération de l’intérêt public, mais au trouble de la crainte.

[50] I Reg., 21, 17.

« Ici se présente une autre question, que nous ne devons pas mépriser.

« Si, à l’approche de quelque désastre, on juge qu’il est de l’intérêt commun que quelques-uns des ministres se retirent pour se réserver, après l’orage, aux besoins spirituels de ceux qu’il aura épargnés, que fera-t-on, si les pasteurs semblent tous menacés de périr, excepté les fugitifs ? Que fera-t-on, en effet, si la persécution ne paraît s’attacher qu’aux ministres de l’Église ? Que dirons-nous ? Faut-il que l’Église soit abandonnée par leur fuite, de peur qu’elle ne soit plus tristement abandonnée par leur mort ? Mais si les laïques n’ont pas à craindre pour leurs jours, ne peuvent-ils cacher leurs évêques et leurs clercs, selon l’assistance que leur pourra prêter Celui qui a tout dans sa main, et peut, par un miracle de sa puissance, sauver qui ne fuit pas ? Nous cherchons, toutefois, ce que nous devons faire, de peur qu’il ne semble qu’en nous attendant toujours à des miracles, nous voulions tenter Dieu. Or, dans une de ces tempêtes du monde, où un danger commun enveloppe les laïques et le clergé, il n’en est pas comme de celui qui, dans un vaisseau, menace et marchands et matelots. Mais Dieu nous garde d’estimer si peu notre navire que les matelots, et surtout le Pilote, l’abandonnent dans le péril, pour se sauver dans une barque ou à la nage ! ce n’est pas de la mort temporelle, qui doit tôt ou tard venir, que sont menacés ceux dont notre abandon causerait la perte, mais de la mort éternelle, qui peut venir si l’on n’y prend garde, mais qui peut aussi ne pas venir si l’on y songe sérieusement.

« Or, pourquoi s’imaginer que, dans ce commun péril dont cette invasion menace notre vie, tous les clercs et non pas tous les laïques doivent trouver la mort, et qu’ils ne mourront pas avec tous ceux qui ont besoin de notre ministère ? Pourquoi ne pas espérer que s’il doit survivre quelques laïques, quelques clercs survivront aussi pour leur rendre les assistances nécessaires ?