[55] Saint Possidius, disciple de saint Augustin, évêque de Calame après la mort de Megalius, en l’année 397, ayant pendant quarante années pris une glorieuse part à tous les combats rendus pour la foi catholique par son maître et son ami, assiste en 430 à la destruction de sa ville épiscopale par les barbares, et la mort de saint Augustin dans Hippone assiégée. Défenseur intrépide de la divinité de Jésus-Christ contre les Vandales ariens, il est exilé par Genséric. Où trouva-t-il un refuge ? Quelle fut la fin de sa vie, l’époque de sa mort, le lieu de sa sépulture ? « Dieu seul le sait[56] » ! On ignore également la destinée des autres amis de saint Augustin, Evodius, évêque d’Uzale, saint Alypius, évêque de Tagaste. Que sont-ils devenus ? Où les a emportés cette tempête de barbares qui a ruiné l’Église d’Afrique ? Leurs noms, depuis lors, ont disparu de l’histoire.

[56] De vita S. Possidii dissertat., op. et stud. J. Salinas. Neapol. Romæ, 1731. — In 8o, p. 106.

LES CONFESSIONS
DE SAINT AUGUSTIN

LIVRE PREMIER

Invocation. — Ses premières années. — Péchés de son enfance ; Haine de l’étude ; Amour du jeu.

I
Grandeur de Dieu.

« Vous êtes grand, Seigneur, et infiniment digne de louanges ; grande est votre puissance, et il n’est point de mesure à votre sagesse[57] ». Et c’est vous que l’homme veut louer, chétive partie de votre création, être de boue, promenant sa mortalité, et par elle le témoignage de son péché, et la preuve éloquente que vous résistez, Dieu que vous êtes, aux superbes ! Et pourtant il veut vous louer, cet homme, chétive partie de votre création ! Vous l’excitez à se complaire dans vos louanges ; car vous nous avez faits pour vous, et notre cœur est inquiet jusqu’à ce qu’il repose en vous.

[57] Ps. XCV, 4, et CXLVI, 5.

Donnez-moi, Seigneur, de savoir et de comprendre si notre premier acte est de vous invoquer ou de vous louer, et s’il faut, d’abord, vous connaître ou vous invoquer. Mais qui vous invoque en vous ignorant ? On peut invoquer autre que vous dans cette ignorance. Ou plutôt ne vous invoque-t-on pas pour vous connaître ? « Mais est-ce possible, sans croire ? Et comment croire, sans apôtre ?[58] » Et : « Ceux-là loueront le Seigneur, qui le recherchent[59] ». Car, le cherchant, ils le trouveront, et le trouvant, ils le loueront. Que je vous cherche, Seigneur, en vous invoquant, et que je vous invoque en croyant en vous ! car vous nous avez été annoncé. Ma foi vous invoque, Seigneur, cette foi que vous m’avez donnée, que vous m’avez inspirée par l’humanité de votre Fils, par le ministère de votre apôtre.

[58] Rom., X, 14.