[59] Ps. XXI, 27.
II
Dieu est en l’homme ; l’homme est en Dieu.
Et comment invoquerai-je mon Dieu, mon Dieu et Seigneur ? car l’invoquer, c’est l’appeler en moi. Et quelle place est en moi, pour qu’en moi vienne mon Dieu, pour que Dieu vienne en moi, Dieu qui a fait le ciel et la terre ? Quoi ! Seigneur mon Dieu, est-il en moi de quoi vous contenir ? Mais le ciel et la terre que vous avez faits, et dans qui vous m’avez fait, vous contiennent-ils ?
Or, de ce que sans vous rien ne serait, ne suit-il pas que tout ce qui est, vous contienne ? Donc, puisque je suis, comment vous demandé-je de venir en moi, qui ne puis être sans que vous soyez en moi ? Et pourtant je ne suis point aux lieux profonds, et vous y êtes ; car « si je descends en enfer je vous y trouve[60] ».
[60] Ps. CXXXVIII, 8.
Je ne serais donc point, mon Dieu, je ne serais point du tout si vous n’étiez en moi. Que dis-je ? je ne serais point si je n’étais en vous, « de qui, par qui et en qui toutes choses sont[61] ». Il est ainsi, Seigneur, il est ainsi. Où donc vous appelé-je, puisque je suis en vous ? D’où viendrez-vous en moi ? Car où me retirer hors du ciel et de la terre, pour que de là vienne en moi mon Dieu qui a dit : « C’est moi qui remplis le ciel et la terre ?[62] »
[61] Rom., XI, 36.
[62] Jérém., XXIII, 24.
III
Dieu est tout entier partout.
Êtes-vous donc contenu par le ciel et la terre, parce que vous les remplissez ? ou les remplissez-vous, et reste-t-il encore de vous, puisque vous n’en êtes pas contenu ? Et où répandez-vous, hors du ciel et de la terre, le trop-plein de votre être ? Mais avez-vous besoin d’être contenu, vous qui contenez tout, puisque vous n’emplissez qu’en contenant ? Les vases qui sont pleins de vous ne vous font pas votre équilibre ; car s’ils se brisent, vous ne vous répandez pas ; et lorsque vous vous répandez sur nous, vous ne tombez pas, mais vous nous élevez ; et vous ne vous écoulez pas, mais vous nous recueillez.