Nelly Holt regarda Sylvaine avec la plus grande bienveillance ; elle voyait en elle une créature faible et opprimée et sa force aimait assez à protéger, et puis la prétention de Nelly consistait à se montrer au-dessus de tous les préjugés, quels qu’ils fussent. Aussi, avec une parfaite sincérité, elle dit à Sylvaine :

— J’aime tellement les Françaises ! Je les trouve bien supérieures aux Anglaises : nous sommes si gauches !

— Pas vous, en tout cas, protesta Albéric.

— Parce que je me considère comme une « épreuve » que je suis sans cesse à corriger. J’irai vous voir, miss Charmoy, si cela ne vous ennuie pas. Kathleen dit qu’elle doit vous conduire un jour à Whitechapel ; si vous êtes curieuse d’excursions de ce genre, je m’offre à vous, j’ai beaucoup plus d’expérience que Kathleen. Ainsi, je racontais à votre cousin que j’ai passé une journée entière sur le terre-plein de Regent’s Street, habillée en bouquetière… J’ai aussi couché une nuit au workhouse… Ah ! je vois que je vous fais peur…

Sylvaine assura le contraire ; elle enviait presque la décision d’une Nelly Holt.

— Nous allons changer ma cousine, Nelly, dit gracieusement Kathleen ; nous allons refaire son éducation.

Nelly sourit et répondit :

— Amen, de tout mon cœur.

Sylvaine ne dit rien et regarda Albéric, mais ne put rencontrer ses yeux.

XIX