Sylvaine s’en alla de chez Mme Gascoyne escortée par son cousin et Percy Rakewood. L’après-midi était beau sans être trop chaud, et Rakewood proposa aux jeunes gens de faire la route à pied.
— Nous passerons par le Parc, il y fait très bon à cette heure-ci.
Sylvaine était disposée et accepta volontiers. Ils marchèrent en causant gaiement ; Albéric, la tête en l’air, observait tout, et faisait à haute voix ses réflexions. Ils traversèrent des rues monotones et correctes, aux maisons pareilles, sans une boutique ; rien au dehors n’indiquait la vie derrière ces façades que des fleurs sur les fenêtres ; là où l’on n’en voyait pas l’aspect était morne. Les rares passants allaient d’une allure compassée, et Albéric en se retournant sur les femmes faisait scandale. Il confia à Rakewood qu’il lui serait impossible de vivre à Londres.
— Je vous comprends, puisque tel est mon cas, et cependant Londres tient bien ceux qu’il prend. Voyez un homme comme le colonel Blunt ; il pourrait voyager, faire ce qui lui plairait : il n’aime que Londres.
— Il m’a dit pourtant être disposé à passer les hivers dans le Midi.
— Il le devrait, car son asthme le tuera un jour, et il s’expose inutilement aux abominables brouillards de novembre ; voilà ce que moi je n’ai jamais pu supporter.
Et se tournant vers Sylvaine il demanda :
— Et vous, chère petite amie ?
— Moi, j’aime le soleil.
— Comme vous avez raison ! Comme vous avez raison !