— Vous pouvez être tout à fait tranquille à son sujet, ajouta Rakewood enchanté.
— Alors, à revoir, à demain matin, Sylvaine. Tu sais, je dîne avec le colonel ; passe une bonne soirée.
Elle eut envie de lui demander comment, mais il partit en courant, et elle le vit bondir dans un hansom. L’artiste qu’Albéric allait voir s’appelait miss Peg Lory, et habitait un joli cottage dans Saint John’s Wood.
Rakewood et Sylvaine, toujours marchant doucement, arrivèrent à Portman Square.
— Vous entrerez prendre le thé, n’est-ce pas ? demanda Sylvaine à son compagnon.
— Oui, certes ; c’est une bonne fortune de vous avoir un peu à moi. Je sens que c’est une cruelle disgrâce que d’être un vieux célibataire, ajouta-t-il en soupirant.
Et, de fait, maintenant cette idée le hantait. Les « chaînes » platoniques et factices auxquelles il amusait son cœur depuis plusieurs années l’ennuyaient mortellement. Il se disait avec chagrin qu’après avoir été aimé toute sa vie, et plusieurs fois par des femmes adorables, il demeurait seul pour vieillir et pour mourir ; il enviait surtout passionnément ceux qui avaient des enfants.
Après s’être, par habitude, regardé dans la glace, et avoir étalé sa belle barbe, Rakewood dit à Sylvaine qui reparaissait, ayant été enlever son chapeau :
— Dire que j’aurais pu vous avoir pour fille ! Oh ! pourquoi n’a-t-elle pas voulu ?
Elle lui sourit doucement, ne sachant que répondre ; la jeunesse ne comprend guère l’amertume des regrets inutiles.