— Ce cher colonel m’avait demandé un service, je ne pouvais vraiment pas le lui refuser.

— Non, naturellement, tu ne pouvais pas…

— Tu le comprends ? C’est réellement un excellent homme, et un ami très dévoué, très respectueux pour toi, Sylvaine… Il n’y a pas à dire, petite Colombe, on t’apprécie ici ; ce brave M. Rakewood, et puis toute cette charmante famille Gascoyne ; j’ai été enchanté de constater hier comme toutes ces dames te faisaient des amitiés… Est-ce qu’elles ne te plaisent pas ?

— Oh ! si, beaucoup.

— Moi aussi. La cousine Kathleen est tout à fait belle fille, et sa jeune amie, la journaliste, est jolie aussi. Sans me flatter, je crois leur avoir produit bonne impression, surtout à la petite journaliste… Hein ? Qu’en dis-tu ?

Sylvaine eut un pâle sourire ; il fallait se dominer, il fallait ne rien laisser deviner… Elle s’était trompée ; c’était sa faute à elle, non la faute d’Albéric. Elle parvint à dire sur un ton presque naturel :

— Tu n’oublies pas que miss Holt nous attend à son club mercredi.

Mais l’entrée de Mme Hurstmonceaux, qui interrompit leur tête-à-tête, lui fut un véritable soulagement. La bonne tante arrivait bruyante et gaie :

— Mes chers enfants, quelle idée de vous enfermer ici !

Puis elle ajouta avec exubérance :