— Oh ! mon cher Albéric, j’étais impatiente de vous voir. Parlez, racontez-moi la grande nouvelle. Ce cher colonel Blunt est enfin veuf ; dites-moi comment il a pris l’événement. A-t-il paru soulagé, content ? Pauvre cher homme ! Depuis le temps que sa femme l’ennuyait !

Albéric dut avouer n’avoir nul détail particulier à communiquer. Le colonel n’avait manifesté aucune satisfaction extérieure ; au contraire, il avait l’air plutôt ému.

— Incroyable ! Mais dans quel état doit être cette chère Maud ! Quel malheur qu’elle ne soit pas libre ! Un si beau parti ! Vous savez qu’il a près d’un million de rente et un château splendide dans le Yorkshire. Ah ! il épousera qui il voudra, car je suis persuadée qu’il se remariera ; d’après plusieurs choses que je lui ai entendu dire, je suis convaincue qu’il en a l’idée. Il fera très bien du reste ; un nom si ancien ! Et le mariage est l’état le plus heureux.

Et, prise d’attendrissement, Mme Hurstmonceaux ajouta :

— J’espère que vous deux aussi vous vous marierez, heureusement. Certainement, si Sylvaine le veut, elle n’y aura pas de peine, et tout le monde sait que je suis tout à fait bien disposée pour ma nièce.

— Tout le monde sait que vous êtes excellente, ma belle tante.

Et Albéric baisa très respectueusement la main de Mme Hurstmonceaux. Il trouvait qu’il lui devait au moins une amende honorable : Sylvaine se marierait, serait riche, et tout s’arrangerait parfaitement.

Sylvaine, qui, sous prétexte d’un mot à dire à son oncle, était sortie un moment, rentra pendant qu’Albéric faisait à Mme Hurstmonceaux le récit de sa visite à Richmond ; elle l’écoutait avec un extrême intérêt.

— Je suis sûre que Maud est ravie. Vous entendez, Sylvaine ? Albéric va faire le buste de Mme Duran. Mais, mon cher, combien de temps cela va-t-il vous prendre ?

Albéric confessa son incertitude sur ce point et ajouta que, d’après les lettres qu’il avait reçues le matin, il ne pouvait plus prolonger longtemps son séjour à Londres ; son père le réclamait à Escalquens ; M. Gardonne souffrait de la goutte et, au moment des vendanges, aurait besoin de son fils.