Le colonel Blunt était infiniment sensible à la beauté ; lorsque Mme Duran ayant enlevé le long manteau qui la couvrait entièrement parut habillée de crêpe de Chine blanc, il s’avoua qu’elle était une merveille ; et n’eut aucune peine, malgré ses arrière-pensées, à se montrer tendre pour elle, d’autant qu’il tenait extrêmement à ne pas éveiller chez son amie d’inquiétudes. Elle se comporta du reste avec un tact parfait, et son attitude témoigna immédiatement que sa visite étant de condoléance devait se maintenir dans une note purement amicale et affectueuse.

— Oh ! mon cher Cecil, dit-elle de sa voix très douce, quelle émotion pour moi !… Il m’était si cruel toujours de penser à elle…

— Pourquoi ? demanda naïvement le colonel en baisant les belles mains blanches et parfumées qui s’abandonnaient aux siennes.

Les yeux admirables de Mme Duran se levèrent d’abord vers un ciel invisible et mystérieux ; puis sa tête s’inclina sur l’épaule de son amant et elle murmura : « Les hommes ne comprennent pas… ils ne comprennent pas un cœur de femme. » Et, se redressant, l’expression de son regard langoureux se faisant soudain ardente :

— Je suis jalouse, Cecil ; vous ne le croyez pas, je le sais, mais c’est la vérité : je suis terriblement jalouse.

— Comment une créature telle que vous peut-elle être jalouse d’un homme comme moi ? Je n’espère vous plaire, ma belle Maud, qu’en me faisant votre esclave.

— Oh ! oui, soyez mon esclave toujours, toujours… Jurez-le-moi.

Pour ne pas préciser ses serments, le colonel se contenta de répondre :

— Sur vos lèvres, Maud, sur vos lèvres…

Et de chercher la bouche fleurie qui ne se dérobait pas…