Mme Duran, malgré l’ensorcellement de ses caresses, le pathétique de ses larmes et la finesse de ses insinuations, ne put arracher au colonel aucune parole ayant rapport à un avenir où elle occuperait près de lui une autre place.
En vain elle se laissa aller à gémir sur les tristesses de sa vie, sur les servitudes affreuses, révoltantes pour sa délicatesse, que le mariage lui imposait… elle n’obtint que l’invitation réitérée (et qui avait bien son prix certainement) d’exprimer ses désirs. Souhaitait-elle quelque chose qu’il fût au pouvoir du colonel Blunt de lui donner ?… Non, elle ne souhaitait rien, si ce n’est cependant de se trouver à Hombourg, où au moins l’on pouvait se voir plusieurs fois par jour… et puis Harry n’y resterait que peu de temps cette année : il avait des engagements de cricket… Elle n’attendait que de savoir les projets du colonel pour fixer les siens.
— Partez le plus tôt possible, chère, puisque le voyage vous amuse, et moi je vous suivrai dès que je serai libre. Je vais avoir quelques affaires… Il faut absolument que j’aille dans le Yorkshire.
— Est-ce que je ne pourrais pas vous y rejoindre ? Vous pourriez m’enfermer ; personne ne me verrait.
— Vous êtes trop généreuse, non… Et Harry ? Soyez raisonnable… comme vous l’êtes toujours…
L’entretien continua sur le même ton, sans que l’un des deux gagnât quelque chose sur l’autre. Le colonel Blunt se vit, en douceur, mais avec une fermeté extraordinaire, remémorer des droits qu’on jugeait avoir sur lui ; mais il n’y eut pas moyen, quoi que fît Mme Duran, de parvenir à lui en faire répéter l’aveu… Enfin, au moment de se quitter, ils arrivèrent incidemment au sujet que l’un et l’autre avaient présent à l’esprit.
— A propos, que dites-vous de la proposition de votre jeune ami français de faire mon buste ? Il vous en a parlé, n’est-ce pas ?
— Mais je dis qu’il sera bien heureux d’avoir l’occasion de vous contempler longuement ; seulement, il m’avait exprimé le désir d’installer un atelier chez moi ; je lui ai fait comprendre que ce n’était pas possible… en ce moment.
— Oh ! Cecil, pourquoi ?… J’aurais été si heureuse du prétexte. J’aime tant me sentir dans votre maison, darling…
— Vous y viendrez, mon adorable beauté, à d’autres occasions… mais après l’événement de ces jours-ci… et, comme je dois m’absenter, vous serez la première à reconnaître, en y réfléchissant, que c’eût été maladroit… Il peut aller chez vous…