Mme Gascoyne fit plusieurs « hem » qui n’étaient ni hostiles, ni acquiesçants ; elle réfléchissait. Peut-être, en effet, dans sa position, Edith avait-elle raison ?… Mme Hurstmonceaux n’avait pas d’enfants… Il n’était pas absolument nécessaire que toute sa fortune allât à Sylvaine… Le résultat de ces méditations se formula :
— Certainement, Edith, vous ferez une action très charitable.
Mme Caulfield se tint pour contente de n’avoir pas rencontré d’opposition chez sa sœur, avec qui la discussion était toujours difficile. Kathleen, en cette circonstance, avait été l’inspiratrice de sa mère. La jeune fille ne reconnaissait pas le joug de sa tante ; elle était bien convaincue que celle-ci ne nourrissait aucune idée de faire d’elle son héritière, et rendrait aux Gascoyne la fortune venue d’eux. Cette certitude ne l’empêchait pas, au contraire, d’aimer beaucoup Mme Gascoyne à qui Mme Caulfield eût été portée à toujours céder. Dominée par la situation de sa sœur, elle disait quelquefois à Kathleen :
— Ma chère, vous devriez céder à votre tante.
— Pourquoi ? demandait Kathleen. Parce qu’elle est riche ?
Et Mme Caulfield était forcée de s’avouer que c’était, en effet, la raison péremptoire à la soumission qu’elle préconisait.
L’attitude de Kathleen rendait par le fait le plus grand service aux deux sœurs, et maintenait leurs relations sur un pied d’égalité qu’elles n’eussent pas conservé sans elle.
En conséquence, Mme Hurstmonceaux, peu de jours avant son départ pour Marienbad, eut l’ineffable satisfaction de recevoir la carte de Mme Caulfield, accompagnée de la requête : « Recevait-elle ? »
L’affirmative ravie fut donnée immédiatement.
— Je crois bien, je crois bien. Boddle, dans le grand salon ; je viens, je viens à l’instant. Qu’on prévienne miss Charmoy, et qu’on lui demande de venir me rejoindre. Miss Charmoy est chez le colonel.